© Olivier Allard

Biographie

Stefano Gervasoni, né à Bergame en 1962, est l'un des compositeurs italiens de sa génération les plus reconnus sur la scène internationale.

Il a débuté ses études de composition en 1980 sur les conseils de Luigi Nono, avant de se former au Conservatoire Giuseppe Verdi de Milan auprès de Luca Lombardi, Niccolò Castiglioni et Azio Corghi.

Ses rencontres avec Brian Ferneyhough, Peter Eötvös, Helmut Lachenmann, Gérard Grisey et Heinz Holliger ont été déterminantes pour son évolution artistique. Après avoir étudié auprès de György Ligeti en Hongrie en 1990, il a parachevé sa formation à Paris, à l'IRCAM, où il a suivi le cursus de composition et d'informatique musicale en 1992.

Depuis 2006, il est professeur de composition au Conservatoire national supérieur de musique et de danse de Paris.

La musique de Gervasoni se distingue par un univers sonore raffiné et très personnel, où coexistent un lyrisme insaisissable, une clarté formelle et de subtils processus de transformation.

La voix occupe une place centrale dans son catalogue, qu'il s'agisse de musique soliste, chorale, théâtrale, instrumentale ou orchestrale.

La musique de chambre joue également un rôle prépondérant dans son œuvre : il l'aborde comme un laboratoire, non seulement pour des recherches techniques sur le timbre, la structure polyphonique et l'articulation formelle, mais aussi comme un espace d'exploration poétique et expressive, où le son devient un vecteur de réflexion, de dialogue et d'invention.

Parmi les distinctions qu'il a reçues, citons le Prix de Rome (1995-1996), la bourse DAAD « Artists-in-Berlin » (2006), le prix de la «Serge Koussevitzky Music Foundation» (2018), les « Coups de cœur » de l'Académie Charles Cros, ainsi que le prix de la critique musicale «Franco Abbiati» (obtenu en 2009, 2022 et 2025, ce dernier pour l'enregistrement de De Tinieblas).

Sa musique a été enregistrée par des labels tels que Aeon, Harmonia Mundi, hatHut, KAIROS, Naïve, Sony, Stradivarius et Winter & Winter. Le musicologue Philippe Albèra a consacré un ouvrage important à son œuvre, Stefano Gervasoni. Le parti pris des sons, publié aux Éditions Contrechamps à Genève en 2015.

Ses œuvres sont éditées par Ricordi, une partie du catalogue étant également associée à Suvini Zerboni / SZ Sugar.

Texte traduit de l’anglais, mis à jour en mai 2026

ƒuvres

In die Luft Geschrieben

Pour mezzo-soprano, harpe, célesta, percussion et orchestre à cordes
SÉLECTION 2019

Œuvre nominée en 2019
pour le Prix de Composition Musicale 2021

In die Luft geschrieben («Écriture dans l'air») est un cycle vocal de lieder basé sur des épitaphes écrites par Nelly Sachs, entre 1943 et 1946, dédié aux personnes disparues à la suite des horreurs commises par les nazis. Quinze de ces œuvres poétiques n’ont été découvertes qu’après la mort de la poétesse et ont été publiées à titre posthume en 2010.

« Cette composition est l'une de mes premières dans lesquelles l'engagement envers la société civile est évident. Disons qu’il est énoncé pour la première fois en termes non équivoques, à travers la poésie de Nelly Sachs et le ton de cette poésie. C’est un ton qui parle avec une force particulière, dissimulé par l’apparence d’un registre linguistique simple et tragiquement léger, comme l’air dans lequel les cendres d’un nom sont dispersées. Des vers où les blessures de l'histoire sont des traces presque disparues, voilées poétiquement par des mots à déchiffrer, d'une violence absolue, mais d'une délicate expression poétique. C’est ce qui fait de la voix de Nelly Sachs la voix de nous tous. C’est un avertissement pour l’humanité future : un péché est entré dans l’histoire et doit être expié par tous. Cet enseignement doit être inscrit dans les fondements de la civilisation future. Mais même aujourd'hui, la raison résiste à assumer ses responsabilités et à tirer des leçons de l'histoire ; elle résiste à l’idée de prendre des décisions en faveur de la vie des gens collectivement, dans le monde entier, pour la défense du bien commun. Sur le plan musical, c’est le ton que j’ai toujours recherché dans la création de ma musique. C’est le même ton, si clair, que nous entendons dans la poésie de Nelly Sachs, en particulier dans les épitaphes de In die Luft geschrieben. Les épitaphes ont été mis sur une musique qui coule sans interruption, et ils constituent un voyage errant. Ils sont divisés en groupes reliés par des interludes de réflexion musicale. »

Stefano Gervasoni

 

Tacet

Pour violon et orchestre
Publication : Ricordi
SÉLECTION 2026

Œuvre nominée en 2026
pour le Prix de Composition Musicale 2027

« Il rumore non fa bene, il bene non fa rumore » (Le bruit ne fait pas de bien, et le bien ne fait pas de bruit), disait le compositeur italien Niccolò Castiglioni (1932-1996), l'un de mes mentors.

Le silence est-il l'opposé du bruit ? Le silence est-il bon ? Qu'est-ce que le bruit ? Le silence et le bruit, bien qu'antithétiques, sont-ils aussi antithétiques à la musique ?

Mon concerto pour violon est imprégné de ces questions et se déploie à travers ces réflexions.

Le silence n’est ni absence ni vide.

Le silence est richesse, plénitude de sens, justesse d’un mot.

Le silence est un état à atteindre au sein d’un environnement sonore saturé (et du chaos du monde ou du quotidien), non par une réduction quantitative, mais par une transformation qualitative.

Ce n’est pas un néant dépourvu de vibration, un lieu qui nous protège et nous prive de tout contact avec le monde, mais un espace offert à la résonance — tant physique que mentale — au sein même du monde. Il s’agit de faire rayonner l’objet de la perception en faisant taire le sujet qui le perçoit ainsi que les conditions extérieures susceptibles de troubler, d’entraver ou d’annuler cette perception.

C’est un silence créateur, un état de plénitude, un basculement de sens : on passe de ce qui nous entoure inévitablement — nous assaillant de clameurs et nous désorientant — à ce qui nous persuade et nous convainc profondément, sans nul besoin d’explications, de mots ou de démonstrations, de sa justesse.

Le violon solo de ce concerto est l’artisan de ce cheminement et de cette métamorphose ; il agit sur un orchestre qui figure soit le monde extérieur — foisonnant de la diversité et de la richesse sonore des êtres qui le peuplent —, soit la projection du chaos intérieur d’un individu unique.

Texte de Stefano Gervasoni, traduit de l’anglais.