Hugo GoÌmez-Chao (A CorunÌa, 1995) a étudié la composition à la Kunstuniversität-Graz, auprès de Beat Furrer et à Musikene, l’École supérieure de musique du Pays basque, auprès de Ramón Lazkano.
Parallèlement à son cursus officiel, il a bénéficié de l'enseignement et des conseils de compositeurs tels que Toshio Hosokawa, Alberto Posadas, Clemens Gadenstätter, Bernhard Lang, Mark Andre et Pierluigi Billone.
Il a été compositeur en résidence à l'Académie Royale d'Espagne de Rome (2022-2023) et auprès de Juventudes Musicales de España de Madrid (2019).
Il a également été artiste en résidence dans le cadre du programme REGA de la Cité de la Culture, à Saint-Jacques-de-Compostelle.
Il a reçu, entre autres, le Premier Prix du Concours des Jeunes Compositeurs-Xabier Montsalvatge (organisé par la Fundación SGAE et le CNDM) ainsi qu'une mention honorable du Colegio de España à Paris.
Il est actuellement compositeur en résidence auprès de la Federació de Joventuts Musicals de Catalunya et de la Ferrer-Salat Music Foundation.
Il a reçu commandes et soutien de l'Ernst von Siemens Musikstiftung, de l'Orquesta y Coro Nacionales de España (OCNE), de l'Orchestre national des jeunes d'Espagne (JONDE), de la Fondation AEOS, de la Fundación SGAE, de l'Orquesta Sinfónica de Galicia, de la Real Filharmonía de Galicia, des Juventudes Musicales de España, du Festival IMPULS, de l'Accademia Filarmonica Romana, du Festival Nuova Consonanza Roma, du Festival Contrasti (Florence), du Festival ENSEMS (Valence), du Festival d'Art Sacro de Madrid, de la Compagnie de Danse La Pharmaco, de la Cidade da Cultura de Santiago de Compostela et de la Fundació Antoni Tàpies. Sa musique a été jouée en Italie, en Autriche, en Allemagne et en France.
Ses œuvres ont été interprétées par de grands ensembles et orchestres, dont le Quatuor Arditti, le Klangforum Wien, l’Ensemble Modern, l’Orquesta y Coro Nacionales de España (OCNE), l’IEMA Ensemble Modern, l’Orquesta Sinfónica de Galicia, le Spanish National Youth Orchestra (JONDE), le Real Filharmonía de Galicia, le MDI Ensemble, l’Arxis Ensemble, le Vertixe Sonora Ensemble, le Grupo Instrumental Siglo XX, l’Orchestre des jeunes de la Generalitat Valenciana, le National Youth Orchestre de Catalogne (JONC) et l’Ensemble Sonido Extremo.
Depuis 2018, il occupe le poste de Directeur artistique du Festival International de Musique Contemporaine RESIS, de A Coruña, ainsi que celui de Directeur de l'Association Culturelle AÏS, pour laquelle il dirige des projets tels que le Cycle de concerts A_NEXOS, à la Fondation Luis Seoane.
En 2022, il a fondé l'Arxis Ensemble, dont il assure également la direction artistique.
Depuis 2023, il est responsable du prix Andrés Gaos et Conseiller musical auprès du département de la culture du Conseil provincial de La Corogne (A Coruña). Il travaille actuellement à une nouvelle œuvre pour l'Ensemble Ascolta, dont la création est prévue en 2027.
Texte traduit de l’anglais
Estudio sobre la carne est une œuvre courte pour grand ensemble, commandée par le Joven Orquesta Nacional de España (JONDE) et interprétée ensuite par le JONDE et l'Ensemble Modern, lors des Journées de la Musique Contemporaine de Saint-Jacques-de-Compostelle.
L’œuvre aborde principalement le thème de la violence. J’ai cherché à concevoir une pièce brève se déployant par saccades : des moments très concentrés d’une intensité extrême, où le son subit une transformation incessante. La forme émerge précisément de cette succession d’explosions. Plutôt qu’un discours continu, la pièce est structurée comme une chaîne d’épisodes qui surgissent, se consument et disparaissent avant même de pouvoir se stabiliser. Chacun d’eux vise à atteindre, dès son apparition, la limite de sa propre énergie, comme si le son entrait en scène alors que la combustion a déjà commencé et se retirait juste avant l’effondrement.
En composant cette œuvre, je pensais constamment aux études anatomiques de Léonard de Vinci : des dessins de muscles, de bras et de jambes saisis dans des états de relâchement, de tension et de mouvement. Je cherchais à transposer cette même matérialité dans le domaine sonore - à écrire une pièce où les variations de dynamique, de rythme et de timbre, ainsi que la trame même de l’œuvre, seraient perçues comme quelque chose d’aussi tangible et réel que la chair d’un muscle. Je voulais que les vingt-quatre musiciens exercent sur le son une pression telle qu’il acquière une présence quasi physique - un volume et une densité le rendant, en un sens, plus visible.
Je m'intéressais également à l'idée de concevoir le son comme une matière continuellement soumise à des forces. Les textures changent d'état en un instant ; elles s'accélèrent, se déforment et se déchirent les unes dans les autres, telles un muscle poussé à maintes reprises aux limites de sa contraction. Chaque fois qu'une texture semble atteindre un équilibre, une nouvelle force l'interrompt et la contraint à se transformer. Cette instabilité permanente constitue pour moi une forme de violence - non pas la destruction d'un matériau, mais l'impossibilité pour celui-ci de demeurer identique à lui-même.
Je voulais aussi que cet effort s’inscrive dans les corps des interprètes : que le geste physique des musiciens incarne cette tension continue et que l’ensemble fonctionne comme un organisme unique, incapable de se relâcher tout à fait, toujours au bord de la rupture ou de l’embrasement intérieur. Idéalement, cette tension ne doit pas seulement s’entendre, mais aussi se transmettre au corps de l’auditeur. Je voulais que celui-ci n’observe pas cette violence de l’extérieur, mais qu’il soit entraîné dans ce champ de forces.
…
Je voulais que l'auditeur perçoive non seulement les relations entre les sons, mais aussi leur poids, leur densité et leur volume ; qu'il soit immergé dans une chorégraphie sonore brutale et, ce faisant, qu'il se trouve désorienté, voire perdu.
En fin de compte, j'ai cherché à conférer au son une présence presque visible. J’étais attiré par cette qualité propre à la peinture et cherchait pour ce qui n'existe que pour l'oreille la capacité d'apparaître avec l'immédiateté et l'évidence d'un portrait.
Créer une musique aussi assertive et incontestable qu'une œuvre du Titien ou de Velázquez, ou s'inscrivant dans la lignée de Mahler, Beethoven et Brahms.
Permettre à l'œuvre d'échapper aux pièges du discours et du langage.
Laisser le son devenir chair.
Hugo GoÌmez-Chao Porta (2024)
Texte traduit de L’anglais