Biographie

York HÖLLER

© Hanne Engwald

 

Entre 1963 et 1970, York Höller étudie la composition auprès de Bernd Alois Zimmermann, la musique électronique auprès de Herbert Eimert, le piano et la direction d’orchestre à la Musikhochschule de Cologne ainsi que la philosophie et la musicologie à l’Université de Cologne. Il prend part à la Ferienkurse de Darmstadt en 1965 et devient rapidement un des compositeurs allemands les plus prometteurs de sa génération. Karlheinz Stockhausen l’invite à travailler au sein du studio électronique de la WRD (radio de l’Allemagne de l’Ouest) à Cologne à partir de 1971-1972. Il est ensuite nommé directeur du studio à la suite de Stockhausen.

Ses liens particuliers avec le monde musical français remontent à 1978, lors de la commande d’Arcus pour l’Ensemble intercontemporain. La technologie dont dispose l’IRCAM offre à York Höller la possibilité d’écrire une partition qui explore l’intégration des sons instrumentaux et des sons électroniques. Le succès d’Arcus, œuvre jouée à travers l’Europe et les États-Unis, conduit à une deuxième commande de l’EIC, Resonance, et à une série de compositions qui réalisent une impressionnante synthèse des instruments acoustiques et électroniques.

Les années 1980 marquent également la composition de plusieurs œuvres uniquement acoustiques, dont Concerto pour piano no 1, écrit pour Peter Donohoe et l’Orchestre symphonique de la BBC et joué à Paris en compagnie du soliste Daniel Barenboim. Magische Klanggestalt, son œuvre pour orchestre, a été jouée à maintes reprises à travers l’Europe, notamment dans les pays scandinaves, en Russie et en Pologne par l’Orchestre philharmonique d’Hambourg dirigé par Hans Zender, ainsi que par l’Orchestre philharmonique de Berlin dirigé par Barenboim.

L’opéra de York Höller, Der Meister und Margarita (1984-1989), sur le thème du roman de Bulgakov est présenté à l’Opéra de Paris, mis en scène par Hans Neuenfels et dirigé par Lothar Zagrosek. Il est ensuite joué à l’Opéra de Cologne et le compositeur en a tiré une suite pour soprano, orchestre et bande intitulée Margaritas Traum. Un enregistrement de la représentation de Cologne sort chez Col Legno en 2000.

Parmi ses œuvres de musique concertante, on compte Fanal pour trompette et orchestre, jouée pour la première fois par l’Ensemble intercontemporain en 1991, puis produite et enregistrée pour Largo par le London Sinfonietta, ainsi qu’un deuxième concerto pour piano, Pensées pour piano MIDI, orchestre et électronique. Son œuvre pour orchestre Aura est commandée par l’Orchestre symphonique de Chicago et est donnée pour la première fois en 1995, sous la direction de Daniel Barenboim. Elle est ensuite jouée en tournée au Musik Triennale de Cologne en 1997. En 1999, pour fêter le départ du parlement allemand de Bonn vers Berlin, on lui commande son œuvre pour orchestre Aufbruch.

Parmi les partitions pour orchestre écrites ces dix dernières années par York Höller,Sphären, commandée par la WDR et jouée pour la première fois à Cologne sous la direction de Semyon Bychkov en 2008, remporte le Grawemeyer Award de 2010. 

Ses dernières œuvres comprennent notamment un Concerto pour violoncelle pour Adrian Brendel (2013), un Concerto pour alto (2017) et Beethoven-Paraphrase pour orchestre de chambre (2019).

La musique de York Höller est éditée chez Boosey & Hawkes. (Trad.)

 

 

Oeuvre(s)

" Viola Concerto (2016-2017) "

Pour orchestre

Editions Boosey & Hawkes

SÉLECTION 2020

Commande de ACHT BRÜCKEN / Musik für Köln et Seoul Philharmonic Orchestra / Fondation Ernst von Siemens

Création le 6 mai 2018 au Festival ACHT BRÜKEN/Musik für / Kölner Philharmonie Köln - par Tabea Zimmermann, Viola / Gürzenich-Orchester Köln dir. François-Xavier Roth. 

Cette œuvre compte trois mouvements. Tous trois reposent sur une seule « forme de son » (« Klanggestalt ») qui émerge d’une « cellule primordiale » de secondes mineures et majeures, pour se déployer en une figure de mélodie harmonique dans les 30 tonalités, laquelle n’est pas élaborée selon les critères de tonalités traditionnelles, mais repose sur des caractéristiques de la logique musicale.

Cette forme de son ne retentit pas franchement. Au contraire, ses différentes facettes sont souvent coupées, séquencées, variées, etc. Ce principe d’élaboration peut être décrit comme le « développement permanent » d’une structure fondée sur un même thème, en son sens le plus large. Pour le dire autrement, cette forme de son et ses équivalents dans d’autres de mes œuvres ne sont pas des entités rigides, mais flexibles. De fait, ma manière de les aborder au cours du processus de composition me permet d’éviter des mécanismes rigides, pour au contraire les illuminer et les remodeler sans cesse dans leur structure et leur expressivité.

Afin d’exprimer ce moment de transformation contrastée de la perspective d’une façon uniquement externe, j’ai choisi un concert classique en trois mouvements, avec la diversité de caractéristiques qui lui est inhérente.

Le premier mouvement peut par certains égards rappeler une sonate, car il se distingue parfois par de forts contrastes et des moments d’exubérance. En outre, la deuxième partie du mouvement présente des traits qui rappellent assez les principes d’une réexposition, sans oublier une courte cadence, pendant laquelle l’alto solo entame la conversation avec une clarinette solo.

L’alto ouvre seul le deuxième mouvement avec une mélodie mélancolique inspirée du célèbre poème de Paul Verlaine intitulé Chanson d’automne (« Les sanglots longs des violons de l’automne... »). Ce mouvement est dédié à la mémoire de Pierre Boulez. La mélodie à neuf mesures, qui croît à partir du premier segment de la forme de son, constitue les fondations d’une chaconne, c’est-à-dire un enchaînement de variations clairement structuré, à la conclusion duquel l’alto solo doit faire montre d’une virtuosité extrême.

Le troisième mouvement a un rythme extrêmement vif et se déploie à la manière d’un rondo. Cependant, il ne s’agit jamais de simples répétitions, mais le motif principal, dérivé de la forme ronde, qui se poursuit différemment à chaque récurrence, trace pour ainsi dire un nouveau chemin. Cette polarité entre le caractère identique et le caractère distinct donne lieu à un moment de tension, qui m’a toujours paru crucial.

York Höller - Cologne, February 2017 (Trad.)