Palmarès 2010-1960
Unsuk Chin s’initie très jeune au piano et à la théorie musicale. Elle entre ensuite à l’Université nationale de Séoul où elle suit des cours de composition avec Sukhi Kang jusqu’en 1985. Elle se produit comme pianiste aux Pan Music Festivals.
Sa composition Gestalten est retenue pour les journées mondiales de la musique de la Société internationale de musique contemporaine au Canada en 1984 et pour la Tribune internationale des compositeurs de l’Unesco à Paris. Une bourse du DAAD lui permet de suivre des cours avec Geörgy Ligeti à l’académie de musique de Hambourg de 1985 à 1988. Depuis 1988, elle vit à Berlin et travaille au studio électronique de l’Université Technique.
Ses pièces sont jouées dans de nombreux festivals et cycles de concerts principalement en Angleterre, en France, en Corée du Sud, en Finlande et récemment en Scandinavie. Son œuvre la plus jouée, Akrostichon-Wortspiel (1991), a été programmée dans quinze pays et interprétée par de grands ensembles comme l’Ensemble Modern, le Birmingham Contemporary Music Group, le Nieuw Ensemble, l’Ensemble Asko, l’Ensemble Ictus, l’Orchestre philharmonique de Los Angeles et l’Orchestre Philharmonia.
Elle est compositrice en résidence pour l’Orchestre symphonique de Berlin en 2001/2002 et reçoit une commande pour son Concerto pour violon, créé en janvier 2002 à la Philharmonie de Berlin par Viviane Hagner, sous la direction de Kent Nagano.
Parmi ses œuvres principales, notons également Fantaisie mécanique et Xi, commandes de l’Ensemble intercontemporain, ParaMetaString, commande du Kronos Quartet, un Concerto pour piano écrit pour Rolf Hind, Miroir des temps, commande, de de la BBC pour l’Ensemble Hilliard et l’orchestre philharmonique de Londres, Kalà, co-commande par les orchestres symphoniques de la Radio danoise, de Gothenburg et d’Oslo.
Unsuk Chin obtient de nombreux prix ; en 1985, le grand prix du concours international Gaudeamus (Amsterdam) pour son œuvre Spektra ; en 1993 et le premier prix du concours pour les œuvres pour orchestre en commémoration du cinquantenaire du gouvernement de Tokyo pour Santika Ekataka. En 2004/2005, elle compose Cantatrix sopranica, commandée par le London Sinfonietta, le Los Angeles Philharmonic New Music Group, le Festival St Pölten (Autriche), l’Ensemble intercontemporain et Musikfabrik. Elle est compositrice en résidence pour l’orchestre philharmonique de Séoul de 2006 à 2008. Alice au pays des merveilles, un opéra inspiré du livre de Lewis Carroll a été créé à l’Opéra de Bavière à Munich en juin 2007 et sur une série d’Etudes pour piano. Les œuvres de Unsuk Chin sont publiées exclusivement chez Boosey & Hawkes.
© Ircam-Centre Pompidou, 2008
CREATION
9 octobre 2009, Berlin – Allemagne. Konzerthaus, Großer Saal, par l'ensemble Modern, direction : Johannes Kalitzke
NOTICE
I. Prologue – Ouverture dramatique du rideau
II. Lamentation du Chanteur chauve
III. La diseuse de bonne aventure au dentier
IV. Dance autour des cabanes
Le titre provient duVieil Haut allemand signifiant : embobeliner ; faire des mouvements ridicules; tromper quelqu'un au moyen de la magie ; dire la bonne aventure.
Le titre se réfère à un moment Proustien que j'ai éprouvé – de façon totalement inattendue - pendant mon premier séjour en Chine en 2008 et 2009 durant lequel j’ai visité - entre autres - Hong-Kong et Guangzhou.
L'atmosphère des vieilles et pauvres habitations avec leurs allées étroites, sinueuses, ses vendeurs alimentaires ambulants et ses marchés – le tout proche des écrans vidéo géants, des constructions ultramodernes et scintillantes des centres commerciaux – ont fait ressurgir à l’esprit des expériences d'enfance longtemps oubliées.
Cela m’a beaucoup rappelé Le Séoul des années 1960, la période après la Guerre de Corée et avant la modernisation radicale. Des conditions qui n'existent plus aujourd'hui en Corée du Sud. J’ai le souvenir particulier d'une troupe d’artistes que j'ai vue plusieurs fois enfant dans une banlieue de Séoul.
Ces musiciens amateurs et acteurs voyageaient de village en village pour imposer l’auto-médication - qui au mieux était inefficace. Pour séduire les villageois, ils se mettaient en scène en chantant, dansant et faisant des cascades diverses.
Je me rappelle encore que les intrigues avaient presque toujours un rapport avec l'amour non récompensé et que l'héroïne finissait inévitablement par se suicider.
Tout cela faisait preuve d’amateurisme et était kitsch, cependant cela a réveillé des émotions incroyables parmi les spectateurs : c'est à peine surprenant, considérant que c'était pratiquement le seul divertissement dans une vie quotidienne marquée par la pauvreté et des structures répressives. Les jeux électroniques et les jouets (pour ne pas mentionner l'art tout court) étaient bien sûr inconnus.
Donc, le village entier était présent pour ce "grand événement," une circonstance dont d'autres ont aussi désiré profiter : diseuses de bonne aventure, charlatans et colporteurs de voyage. Parmi ceux-là, on trouvait des négociants de perruque auprès de qui les jeunes filles pouvaient gagner de l'argent pour leur famille en sacrifiant leurs nattes.
Gougalonne se réfère pas directement à la dilettante et minable musique de ce théâtre de rue. Les mémoires décrites ci-dessus fournissent simplement un cadre, de même que les titres des mouvements qui n’ont pas de rôle explicatif.
Cette oeuvre a pour objet "une musique folklorique imaginaire" qui est stylisée, cassée en elle et primitive seulement en apparence.
Unsuk Chin (traduit de l’anglais)
Né en 1939 à Sutton Coldfield dans le Warckickshire en Angleterre, Jonathan Harvey fut choriste au St-Michael College de Tenbury. La pratique du chant choral laissera toujours en lui l’empreinte de la musique polyphonique de la renaissance. Il étudie le violoncelle, instrument qui sera très présent dans ses créations. Son Œuvre couvre tous les genres, musique pour chœur a capella, grand orchestre, ensemble et instrument soliste. Il est considéré comme l’un des compositeurs les plus imaginatifs de musique électroacoustique.
Harvey poursuit ses études à l’université Saint-John de Cambridge. Sur les conseils de Britten, il étudie aussi avec Erwin Stein et Hans Keller, tous deux élèves de Schoenberg, et se familiarise ainsi très tôt avec la technique dodécaphonique.
La rencontre, à l’université de Princeton en 1969, de Milton Babbitt qui lui fait découvrir les possibilités de l’informatique musicale, a une influence considérable sur son travail. Les nouvelles technologies, pourtant encore balbutiantes à l’époque, l’ouvrent à une dimension compositionnelle d’avant-garde : l’exploration du son. Concernant ce domaine, une autre rencontre décisive fut celle de Stockhausen qui le guida dans son apprentissage des techniques de studio. Leurs idées convergent sur le fait que les techniques électroniques permettent de transcender les limites physiques des sources sonores traditionnelles. Ces compositeurs sont tous deux en recherche d’un rapprochement entre le rationnel et le mystique, le scientifique et l’intuitif. En 1975, Harvey publie un ouvrage sur l’œuvre de Stockhausen.
L’invitation de Pierre Boulez à travailler à L’Ircam au début des années 80 est l’origine d’une importante collaboration donnant naissance à de nombreuses œuvres où son style personnel s’affirme : Mortuos Plango, Vivis Voco, une des composition majeure de musique électronique (1980), Bhakti (1982) pour orchestre de chambre et bande quadraphonique. Sa pratique de l’électronique s’était déjà imposée et le cycle Inner Night est le fruit de cinq ans de cette expérience (1973-1977). Il rencontre cependant à l’Ircam le courant spectral, qu’il considère comme déterminant pour l’évolution de la musique d’aujourd’hui. En outre, le son électronique lui apparaît comme une ouverture vers les dimensions transcendantales et spirituelles qu’il souhaite inhérentes à son Œuvre.
Jonathan Harvey reçoit des commandes du monde entier, il est l’un des compositeurs d’aujourd’hui le plus fréquemment programmé, interprété entre autres par l’ensemble Modern, l’ensemble intercontemporain, Asko, Nieuw Ensemble (Amsterdam) et Ictus Ensemble (Bruxelles).
Jonathan Harvey est Docteur Honoris Causa des universités de Southampton et de Bristol, membre de l’Académie Européenne, professeur de musique honorifique de l’université du Sussex où il a enseigné pendant 18 ans, professeur émérite de musique à l’université de Stanford en Californie où il a enseigné de 1995 à 2000. Il est compositeur en résidence au BBC Scottish Symphony Orchestra.
Il reçoit en 1993 le prestigieux prix Britten de composition. Il publie deux livres en 1999 respectivement sur l’inspiration et la spiritualité. Dans cette quête de syncrétisme spirituel, le compositeur s’est associé à l’écrivain Jean-Claude Carrière pour la réalisation de son opéra Wagner Dream sur la vie du jeune Bouddha, créé en juin 2007.
Radio France, l'Ircam et la BBC co-commandent à J. Harvey une oeuvre pour orchestre : "Speakings" est créée le 19 août 2008 par the BBC Scottish Symphony Orchestra, dir. Ilan Volkov, aux Proms de Londres. Le thème : Comment tendre vers la parole ou le chant par des moyens purement instrumentaux ? Jonathan Harvey réalise à son tour ce défi, par le biais de l'informatique et d'une orchestration approchant sa cible vocale. Jonathan Harvey reçoit un 2007, le "Giga-Hertz Grand Prize" pour l'ensemble de son œuvre avec électronique. En 2009, il écrit une nouvelle œuvre de 90 minutes pour le Berliner Philharmoniker, Rundfunkchor et Simon Rattle.
Source : IRCAM
NOTICE
Il s’agit du 3ème volet de ma trilogie relative à la purification bouddhiste du corps, de l’esprit et de la parole, commandée par the BBC Scottish Symphony Orchestra.
Speakingsest également une commande de l’IRCAM/ Radio France dont l’électronique a été réalisée en collaboration avec Gilbert Nouno, Arshia Cont et Grégoire Carpentier. L’œuvre est dédiée avec toute ma reconnaissance à Ian Volkov, The BBCSSO et Frank Madlener.
Langage et musique sont très proches et en même temps éloignés. Dans Speakings j’ai voulu réunir la musique orchestrale et la parole humaine. C’est comme si l’orchestre apprenait à parler, comme un bébé avec sa maman, ou comme le premier homme, ou encore comme une langue très expressive mais incompréhensible. Les rythmes et les intonations émotionnelles de la parole sont formés par la sémantique, mais par dessus tout, ils sont formés par des sentiments – de par cet aspect, ils se rapprochent du chant. Dans la mythologie bouddhiste d’Inde, il y a une notion de langage original et pur, prenant la forme des mantras – moitié chant, moitié parole. On dit que le « OM-AH-HUM » est le berceau de tout langage.
Le discours orchestral, lui-même touché par les structures du langage, est formé de façon « électro-acoustique » par des « bribes de paroles » provenant d’enregistrements pris au hasard.
Les formes spectrales des voyelles et des consonnes vacillent dans des rythmes rapides et colorés du langage à travers les textures orchestrales. Un processus de « forme vocale codée » tire avantage des complexités fascinantes du langage, telle est l’idée principale de cette œuvre.
Le premier mouvement est comme une incarnation, une descente dans la vie humaine.
Le second s’intéresse aux jacasseries frénétiques de la vie humaine dans toutes ses expressions de domination, d’assertion, de peur, d’amour, etc. Il développe l’œuvre « Sprechgesang » composée précédemment. Il se transforme jusqu’à devenir « mantra » et célèbre ainsi le langage rituel. Le mantra est orchestré et traité par une forme « vocale codée ».
Le troisième est, comme le premier, plus court. Ici le langage est plus calme ; il se conjugue à une musique harmonieuse, un hymne proche du chant grégorien. Il y a souvent une seule ligne monodique qui se réverbère dans un grand espace acoustique.
Il y a une petite division de ligne contre ligne, ou la musique contre l’auditeur, lorsque la réverbération élimine le sens de la séparation entre l’auditeur et l’objet musical. Le paradis du Temple de l’écoute est imaginé.
Les mouvements sont joués en continu.
(Székelyudvarhely / Transylvanie, 1944)
Peter Eötvös, né le 2 janvier 1944 à Székelyudvarhely (Transylvanie), est admis à l'Académie de Musique de Budapest à l'âge de 14 ans sur les conseils de Zoltán Kodály. En 1966, il obtient une bourse universitaire et part pour Cologne pour étudier la direction à la Hochschule für Musik. Entre 1968 et 1976, il joue régulièrement avec le Stockhausen Ensemble et, de 1971 à 1979, travaille en collaboration avec le Studio électronique de la WDR à Cologne. En 1978, sur invitation de Pierre Boulez, il dirige le concert inaugural de l'IRCAM à Paris, avant d'être nommé à la tête de l'Ensemble Intercontemporain, poste qu'il occupe jusqu'en 1991.
En 1980, Eötvös fait ses débuts aux PROMS à Londres. Il est le Principal chef invité de l'Orchestre Symphonique de la Radio SWR de Stuttgart, de l'Orchestre Symphonique de la BBC (1985-1988), de l'Orchestre du Festival de Budapest (1992-1995) et de l'Orchestre Philharmonique de Budapest (depuis 1998), et il occupe également le poste de Premier chef de l'Orchestre de Chambre de la Radio de Hilversum (depuis 1994). En 1991, il fonde l'Institut International Peter Eötvös pour les jeunes chefs et compositeurs. De 1992 à 1998, il est professeur au Conservatoire de Karlsruhe, puis au Conservatoire de Cologne jusqu'en 2001. Depuis 2002, il enseigne de nouveau au Conservatoire de Karlsruhe.
Eötvös reçoit de nombreuses distinctions et de nombreux prix internationaux, dont le Prix Bartók (Hongrie, 1997), le Prix Christoph et Stephan Kaske (l'Allemagne, 2000), le Prix Kossuth (Hongrie, 2002), le Royal Philharmonic Society Music Award en 2002 ainsi que le Prix SACD Palmarès dans la catégorie « Prix Musique » en 2002. Depuis 2000, Eötvös est membre de l'Académie des Arts de Berlin, de l'Académie des Arts Szechenyi à Budapest et de l'Académie des Arts de Saxe à Dresde. De plus, le ministre de la Culture français le fait Officier de l’Ordre des Arts et des Lettres en 1998 et Commandeur de l’Ordre des Arts et Lettres en 2003, et la MIDEM lui décerne le Cannes Classical Award dans la catégorie « Best Living Composer » en 2004. En 2007, il reçoit le Prix de Musique de Francfort.
Les récentes compositions de Peter Eötvös remportent de grands succès internationaux. Ses œuvres sont jouées par des ensembles les plus renommés, dont « zeroPoints » créée par l'Orchestre Symphonique de Londres en 1999, « IMA » créée par l'Orchestre Symphonique de la WDR à Cologne en 2002 et « Jet Stream » exécutée pour la première fois par l'Orchestre Symphonique de la BBC à Londres en 2003. Eötvös travaille en collaboration avec les plus importants orchestres symphoniques des radios européennes et, à l'échelon international, avec le Royal Concertgebouw Orchestra, l'Orchestre Philharmonique de Berlin, le London Philharmonia, l'Orchestre Philharmonique de Los Angeles ainsi que le Nouvel Orchestre Philharmonique du Japon.
Ces dernières années, Eötvös se montre de plus en plus productif dans le domaine du théâtre musical. Son second grand opéra « Le Balcon » d'après la pièce de Jean Genet, commandé par le Festival d'Aix-en-Provence en collaboration avec le Théâtre du Capitole de Toulouse, est créé avec grand succès par l'Ensemble Intercontemporain en juillet 2002 dans le cadre du Festival d'Aix-en-Provence. Un autre grand succès célébré par Peter Eötvös est son opéra Angels in America d'après la pièce du même nom de Tony Kushner créé au Théâtre du Châtelet à Paris en novembre 2004. La création est suivie par des représentations à Hambourg en 2005, à Boston et Amsterdam en 2006, à Berlin en 2007, à Fort Worth/Texas en 2008 et à l'Opéra de Francfort en 2009.
Parmi les plus récentes œuvres d'Eötvös est le concerto pour violon « Seven », écrit comme mémorial pour les astronautes de la navette Columbia.
NOTICE
La catastrophe de la navette spatiale Columbia, le 1er février 2003, fut un événement dramatique qui m’a beaucoup affecté. En particulier, l’image diffusée à la TV, d’un casque d’astronaute vide et intact, faisant partie des débris trouvés au sol, a pour moi, symbolisé la tragédie de cet accident dans lequel sept personnes ont trouvé la mort, peu de temps avant le retour de la navette sur Terre.
Je réfléchissais depuis longtemps à l’écriture d’un concerto pour violon. A la lumière de cette tragédie de la 28ème Space Shuttle Mission, j’ai repris cette idée ; le concerto pour violon comme dialogue musical entre soliste et orchestre, me paraissait particulièrement approprié pour donner une forme musicale à la mémoire des astronautes tués.
Chacun des sept astronautes a reçu sa cadence dédicatoire personnelle. La composition même reflète la représentation de leurs personnalités, par exemple par de réminiscences des cultures musicales de Kalpana Chawla, l’astronaute américaine née en Inde, et d’Ilan Raman, le premier israélien dans l’univers.
Le nombre 7 définit la structure musicale et rythmique de l’œuvre et décrit en même temps le principe fondamental de la composition : 49 musiciens sont divisés en 7 groupes. Outre le violon soliste, il y a 6 autres violons qui se dispersent dans la salle ; semblables à sept satellites ou âmes sonnant et planant dans l’espace.
Le concerto pour violon, Seven, est un monologue très personnel et l’expression musicale de ma compassion pour les sept astronautes qui ont laissé leur vie pour l’exploration de l’univers et pour la concrétisation d’un rêve humain.
L'œuvre est représentée pour la première fois en septembre 2007 au Festival de Lucerne par la violoniste Akiko Suwanai et l'Orchestre du Festival de Lucerne sous la direction de Pierre Boulez. En août 2008, le nouvel opéra d'Eötvös « Love and Other Demons » d'après Gabriel García Marquez est créé au Festival de Glyndebourne.
Né à Athènes en 1945, Georges Aperghis étudie la musique et le piano dans sa Grèce natale, presque en autodidacte, sa formation première étant la peinture. Venu à Paris en 1963 et contraint d’y rester pour échapper à la dictature des colonels, il y entreprend des
études musicales et y suit des cours de direction d’orchestre et de percussion. Il est aussi l’élève de Iannis Xenakis, qui l’initie aux « mystères » des techniques ultramodernes.
Impressionné par Sur scène de Mauricio Kagel, Aperghis s’oriente vers le théâtre musical et rencontre Antoine Vitez pour qui il compose de nombreuses musiques de scène : de la Phèdre de Racine créée au Théâtre d’Ivry en 1973, jusqu’aux derniers spectacles ambitieux de Chaillot, le Faust et Rangda en 1987 ou le Tombeau pour cinq cent mille soldats de Guyotat. Autant d’oeuvres âpres, tendues, d’une écriture et d’une forme souvent traditionnelles (pour la voix, le quatuor à cordes...), aux antipodes des sophistications ou des radicalisations contemporaines.
La musique de Georges Aperghis dépasse toujours le cadre strict du concert pour basculer dans l’histoire, à la manière d’un conteur extraoccidental dont la musique n’est qu’un véhicule, un moyen de communiquer.
Même s’il compose quelquefois des oeuvres purement musicales, Aperghis ne peut échapper au théâtre : en 1976, il fonde l’ATEM (Atelier Théâtre et Musique) à Bagnolet. La troupe émigre en 1991 aux Amandiers de Nanterre et y crée plusieurs spectacles qui dynamitent allégrement les genres. De la mise en abîme de mots commençant par la lettre H (1992) à la langue du XVIème siècle qu’il pratique avec gourmandise ; de la magie balinaise et du jeu de gamelan, qui érige le concert à la dignité d’une expérience religieuse, à son opéra Tristes Tropiques, d’après l’ouvrage autobiographique de Claude Levi-Strauss, Georges Aperghis s’impose aujourd’hui comme le compositeur le plus marginal mais aussi le plus humain de son époque.
Depuis 1997, Georges Aperghis a décidé de mener un parcours plus solitaire en quittant la direction de l’ATEM. Il se consacre davantage à l’écriture et poursuit parallèlement un travail scénique, notamment à Strasbourg où il a été compositeur en résidence en 1997 et 1998 et à Munich où il crée un spectacle inspiré par Goethe, Kafka et Klee en 1999, Zwielicht.
Parmi ses oeuvres récentes citons Machinations (2000), spectacle musical pour quatre voix et un ordinateur et surtout Die Hamletmaschine Oratorio (2000), qui est sans doute la plus aboutie et la plus significative de ses préoccupations actuelles. En 2002, il revient à Heiner Müller avec Paysage sous surveillance pour 2 comédiens, 2 claviers, 2 violoncelles et 2 synthétiseurs avant de signer un nouvel opéra Avis de tempête en 2004.
NOTICE
Wölfi Kantata, oeuvre en cinq mouvements sur des textes d’Adolph Wölfi, pour choeur mixte et ensemble vocal (6 solistes), a été créée le 22 juillet 2006 à Stuttgart par les Neue Vocalsolisten Stuttgart et le SWR Vocalensemble de Stuttgart. C’est une commande du Südwestrundfunk de Stuttgart et du Festival Musica Strasbourg.
« Cette cantate a capella s'inspire du travail textuel et pictural d' Adolf Wölfli et développe certaines pulsions qui s'y trouvent (remplissage excessif et compulsif de l'espace, énumérations de chiffres, inventaire, répétitions rituelles, détails agrandis inconsidérément, surchargés, détournés sans cesse de leur sens premier, polyphonies
saturées …) tout en gardant une distance, une ”harmonie", qui canalise ces débordements et proliférations. Il s'agit donc d'architectures créant des espaces fictifs, parfois reconnaissables, se combinant entre eux d'une manière furtive et éphémère. Ces figures musicales essaient d'y trouver leur chemin comme dans un labyrinthe, puis finissent par tout envahir, abolissant ainsi le silence, instaurant un fonctionnement organique mais indolore. » (Georges Aperghis)
La Wölfli Kantata se divise en 5 parties :
1. Petrrohl pour 6 voix solistes
2. Die Stellung der Zahlen pour choeur mixte
3. Vittriool pour 6 voix solistes
4. Trauer-Marsch pour choeur mixte
5. Von der Wiege bis Zun Graab pour solistes et choeur.
Durée: environ 60 minutes
Helena Tulve est née en 1972 en Estonie. Elle a étudié la composition avec Alo Põldmäe à l’École secondaire de Musique de Tallinn, puis de 1989 à 1992 à l’Académie de Musique d’Estonie, où elle fut l’unique élève d’Erkki-Sven Tüür. Suivirent les études au CNR de Paris, dans la classe de Jacques Charpentier, où elle obtint un Premier Prix en 1994. De 1993 à 1996, elle a complété sa formation en étudiant le chant grégorien. Elle a participé à des académies d’été avec György Ligeti, Marco Stroppa, Brian Ferneyhough, Marc-André Dalbavie, Jonathan Harvey et Roger Reynolds.
Helena Tulve appartient à cette jeune génération de compositeurs estoniens qui, par opposition à la tradition du néoclassicisme, centrée sur le rythme, s’est consacrée à une création musicale centrée sur le timbre. Son oeuvre embrasse un panorama culturel d’une richesse étonnante, avec des échos de la musique spectrale française ou des expérimentations de l’IRCAM, mais aussi de Saariaho ou de Scelsi, du chant grégorien ou des répertoires orientaux. Issue d’un traitement du son très raffiné, sa musique a une structure fluide, dans laquelle le processus importe davantage que l’architectonique. Dans ses créations se conjuguent de façon très heureuse précision analytique et manipulation intuitive des timbres. L’atmosphère dans laquelle baignent ses oeuvres renvoie principalement à une expérience métaphysique de l’existence, qui se reflète aussi dans les titres ou dans les commentaires poétiques.
En 1998, son oeuvre à travers (pour ensemble) a remporté le second prix à la Tribune Internationale des Compositeurs à Paris, dans la catégorie des jeunes compositeurs. En 2000, Helena Tulve a reçu le prix Heino Eller. La même année, elle a commencé à enseigner la composition à l’Académie de la Musique d’Estonie. En 2001, elle a été sélectionnée pour participer aux cours de musique électronique organisés à Paris par l’IRCAM. Pendant la saison 2001/2002, elle a été compositeur en résidence auprès du Choeur philharmonique de chambre d’Estonie ; de cette collaboration est issu son opéra de chambre It Is Getting So Dark qui a été créé en juin 2004. Cette même année, son oeuvre Sula, pour orchestre, remporte le premier prix à la Tribune Internationale des Compositeurs à Paris et elle reçoit le Prix de la musique décerné par le Conseil estonien.
Son catalogue compte une trentaine d’oeuvres avec une nette dominante pour la musique de chambre pour ensemble et la musique vocale.
« Dans la musique estonienne, Helena Tulve est une bâtisseuse de sons. Ses variations de timbre ou de couleur comportent des associations puissamment sensuelles ou dramatiques, et il est un peu étonnant que la compositrice ne se laisse pas piéger par la fascination sonore, mais édifie à l’aide de ces sonorités expressives des structures cohérentes et d’une transparence « classique ».
Traces, oeuvre pour orchestre de chambre, produisait par ses nuances visant à l’indétermination (phrases glissando, microintervalles, usage des registres extrêmes) l’effet d’un théâtre sonore métaphysique. On avait le sentiment d’un parcours inattendu, mais cependant cohérent... Peut-être l’essence de la créativité réside-t-elle justement dans la mise en oeuvre d’un paradoxe. » (Evi Arujärv)
« Il m’importe beaucoup d’élargir les limites de la musique. Dépasser les limites sonores, formelles et stylistiques, mais aussi les limites géographiques qui en sont la cause. » Naturellement, Helena Tulve pense aussi aux frontières spirituelles et à l’élargissement de la pensée au-delà des frontières musicales.
« Si l’art reflète dans une certaine mesure le temps présent, Tulve contemple des valeurs éternelles. Elle ne cherche pas à différencier nettement son style de celui des autres, mais aspire plutôt, comme compositrice, à approcher par la musique des phénomènes comme l’esprit, l’âme, l’eau (la matière), l’instant et leurs relations avec le Créateur. Dans Reyah hadas ‘ala, un intérêt supplémentaire provient de l’association des timbres d’instruments anciens (les flûtes à bec, la bombarde et la dulciane, ancêtre du basson) à un instrumentarium plus familier. Helena Tulve utilise une ancienne mélodie yéménite en
valeurs longues étirées, ce qui nous ramène à l’idée de la compositrice comme observateur d’un son unique et de ses transformations. Elle laisse le temps nécessaire pour jouer et pour écouter, elle nous fait même participer à sa paisible déambulation.
Tout comme l’eau s’écoule continuellement, jusqu’à ce qu’elle s’unisse à l’océan. » (Piret Väinmaa, Sirp, 7 avril 2006)
« Au lieu de mélodies et d’enchaînements complexes, ce sont des méditations sonores d’une grande simplicité qui submergent l’auditeur de leurs consonances ou de leurs dissonances. Ce déferlement de sons, plaintif mais puissant, crié jusqu’à son terme, se prolonge dans l’infini. » (Johanna-Mai Vihalem, Eesti Päevaleht, 3 avril 2006)
Reyah hadas ‘ala a été écrit en 2005 à la demande des ensembles de musique ancienne Vox Clamantis et Hortus Musicus. L’oeuvre a été créée le 27 avril 2005 par les ensembles commanditaires dirigés par Jaan-Eik Tulve.
« J’ai choisi pour la pièce le poème de rabbin Shalom Shabazi (1619-1720), poète et chef spirituel des juifs du Yémen et comme source d’inspiration la mélodie traditionnelle yéménite notée par le compositeur israélien Yehezkel Braun. » (Helena Tulve)
Le parfum des myrtes est monté et mon âme a tressailli ; Je me suis levé à minuit et mon Bien-Aimé m’a conduit.
Au milieu des feuillages, les anges des cieux se rassemblent, Sans voir le Rocher qui les voit, et qui m’a créé.
Durée : environ 15 minutes





