Edith CANAT de CHIZY

(1950 - Français)

Sélection Prix de Composition Musicale 2006

Les rayons du jour -

Concerto pour alto et orchestre

Concerto pour alto et orchestre Née en 1950 à Lyon, Edith Canat de Chizy vit à Paris depuis 1970.
Licenciée d'Art et Archéologie à l'Université de Paris-Sorbonne, elle fait ses études musicales au CNSM de Paris où elle obtient successivement les premiers prix d'harmonie, de fugue, de contrepoint, d'analyse, d'orchestration et de composition. Elle a travaillé aussi l'électroacoustique dans le cadre du Groupe de Recherches Musicales.
Elève d'Ivo Malec et de Maurice Ohana, elle reçoit en 1990 le prix de la Tribune Internationale des Compositeurs pour son oeuvre Yell et de nombreux autres prix. Nommée Chevalier des Arts et des Lettres en 1994, elle dirige depuis 1986 le Conservatoire du XVème arrondissement à Paris. En 2005, elle est la première femme compositeur à entrer à l’Académie des Beaux-Arts.
Violoniste de formation, Edith Canat de Chizy n'a jamais quitté le monde qui se rattachait à son instrument. En témoigne la production de ses oeuvres qui privilégie d'une manière générale la famille des cordes : Sextuor (1982), Trio Hallel (1991), Siloel pour 12 cordes (1992), Exultet, concerto pour violon et orchestre (1995), Moïra, concerto pour violoncelle (1998)… Quant à ses quatuor à cordes, Vivere et Alive, ils prolongent son travail sur une écriture des cordes axée sur l’énergie et le mouvement.
Des pièces pédagogiques (Luceat pour 10 violons solistes en 1983 et Nyx pour 3 violons en 1984), aux grandes fresques orchestrales (Yell en 1985 et De Noche en 1991), l'attention portée au travail sur le matériau sonore offert par cette catégorie d'instruments est omniprésente. C'est à partir de cette couleur de base que semble prendre naissance toute la palette de timbres imaginée par la musicienne, dont l'oeuvre pourrait essentiellement être caractérisée par le souci constant du travail des harmonies et de leurs résonances. Aussi Maurice Ohana écrivait-il à propos de la musique d'Edith Canat de Chizy qu'elle "n'a d'autre ambition que de faire aimer cette magie des sons, qui raconte «l'histoire du monde» telle que Debussy la rêvait".
C'est donc bien par la notion générale de "couleur" que l'on pourra appréhender au mieux l'univers de ce compositeur qui, depuis sa rencontre avec Ivo Malec, porte une vive attention à la matière acoustique brute.
Les rayons du jour, commande de l’Orchestre de Paris, a été créé à Paris le 2 février 2005 au Théâtre Mogador, par Ana Bela Chaves (alto solo) et l’Orchestre de Paris sous la direction de Christoph Eschenbach.
Intitulé Les rayons du jour, en hommage à la toile éponyme de Nicolas de Staël, ce concerto pour alto forme le dernier volet du cycle commencé en 1995 avec Exultet, concerto pour violon et Moïra, concerto pour violoncelle qui avait reçu une mention particulière du Conseil musical de la Fondation Prince Pierre en 1999.
Au-delà du titre, c’est le parcours créatif de Nicolas de Staël - avec qui Edith Canat de Chizy ressent des affinités profondes - qui détermine la forme générale en trois mouvements de son concerto, chaque mouvement s’inspirant d’une citation de l’artiste.
I. Déchirure – « Je vais aller sans espoir jusqu’au bout de mes déchirements… »
Ce premier mouvement traduit la période sombre du peintre qui va jusqu’en 1948. Il joue sur « l’opposition des tessitures, à l’alto comme à l’orchestre qui ne concerte pas à proprement parler avec le soliste mais prolonge, amplifie, démultiplie ses trajectoires et ses résonances. Très soucieuse de l’équilibre sonore car c’est l’alto qui conduit le mouvement, Edith Canat de Chizy allège au maximum les pupitres et joue sur les timbres purs permettant tout à la fois la richesse de la palette sonore et la précision du trait dans l’espace. »
II. Mouvement – Je ne suis unique que par ce bond que j’arrive à mettre sur la toile »
Cette deuxième partie, qui évoque chez le peintre la recherche du mouvement et de la lumière (années 52 à 54), « rejoint les préoccupations essentielles de la compositrice dont toute la musique est traversée par une énergie motrice, un courant vibratile parfois sauvage et violent rejoignant par instant l’univers bartokien.(…) Elle trouve ici, dans la sonorité âpre et chaleureuse de l’alto, un terrain idéal à sa recherche de timbres inouïs. Au terme de cette trajectoire, la cadence produit un effet de zoom sur le travail au coeur de la matière sonore sculptée avec la précision de l’orfèvre. »
III. Transparence – « … pour trouver la grande lumière »
Ce dernier mouvement - qui traduit la plénitude de l’artiste dans cette quête de l’éblouissement – « exploite l’idée d’espace et de timbre et se joue dans des tessitures plus claires et transparentes, « pour trouver la grande lumière ». Cette expression de Nicolas de Staël dévoile, chez le peintre comme chez la compositrice un certain itinéraire mystique vers lequel s’oriente toute la musique d’Edith Canat de Chizy et qui lui donne son sens et sa profondeur. » ( Michèle Tosi, Resmusica, 12 février 2005)
Les trois mouvements ont une durée de 6 minutes 30 chacun, sauf la partie centrale qui s’enrichit d’une mesure pour alto solo de 1 minute 30.
Durée: 21 minutes