Isabel MUNDRY

(1963 - Allemand)

Sélection Prix de Composition Musicale 2006

Ein Atemzug, die Odyssee, -

Théâtre musical

Née en 1963 à Schlüchtern, dans la Hesse, Isabel Mundry grandit à Berlin où elle commence des études de composition à la Hochschule der Künste, dans les classes de Franck-Michael Beyer et Gösta Neuwirth. Elle suit aussi les cours de musique électronique au studio de la Technische Universität de Berlin ainsi que les matières musicologie, histoire de l’art et philosophie (1983-1991).
Entre 1991 et 1994, Isabel Mundry fait des études complémentaires auprès de Hans Zender à Francfort, séjourne à Paris en tant que boursière à la Cité des Arts puis à l’IRCAM dans le cadre d’un stage d’informatique et de composition d’un an. Depuis 1996 elle est professeur de composition à la Musikhochschule de Francfort ; depuis 1997, chargée de cours dans le cadre du Festival Akiyoshidai (Japon) et depuis 1998, chargée de cours de composition dans le cadre des cours d’été de Darmstadt.
Isabel Mundry a remporté de nombreux prix et bourses : entre autres, la bourse de composition du Berliner Senat, le Prix de composition de la ville de Berlin, le Prix Boris Blacher, le « Kranichsteiner Musikpreis »...
Les oeuvres de la compositrice accordent une place prépondérante aux notions de temps et d’espace. Elle s’est attachée plus particulièrement aux aspects temporels qui s’étendent, dans sa création, « de la polyphonie de Dufay jusqu’à l’idée de temps libre développée par Cage, en passant par l’écoulement temporel de Debussy. A cela viennent bien sûr s’ajouter les impulsions extra-musicales, surtout de domaines tels que le cinéma, les arts figuratifs et la littérature ».
Isabel Mundry attribue à l’art la capacité de donner forme à des connaissances abstraites. Dans ses oeuvres, cela se fait notamment sous la forme de structures polyphoniques, telle sa pièce pour orchestre Le Silence - Tystnaden (1993) qui oppose trois modèles sonores différents : impulsions fortement accentuées, formes mélodiques et plans sonores. Très rigides au début, les frontières s’estompent et les divers types commencent
à se ressembler. Mais le résultat de ce débat imaginaire reste indéterminé. Mundry souhaitant mettre en exergue l’expérience de l’absence de résolution.
Dans son quatuor à cordes, No one (aucun ; 1994/1995) elle travaille sur l’idée de possibilité/impossibilité de réunir les contraires en développant des impulsions de manière totalement différente et crée ainsi « une confusion babylonienne du langage ». A aucun moment, dans ce quatuor, la mesure n’est fixée de manière homogène, ainsi naît une « polyphonie des différentes durées ».
Dans Spiegel Bilder (Miroir Image, 1996), pour clarinette et accordéon, Isabel Mundry se livre à des expériences sur le phénomène de reflet. Dans cette musique, chaque « miroir » fabrique une nouvelle « image » favorisant les ambivalences les plus diverses tout en multipliant les perspectives.
Depuis 1998, Isabel Mundry travaille plus particulièrement sur l’aspect spatial de la musique : Flugsand (1998) pour orchestre, Geträumte Räume (1999) pour 4 trompettes, Traces des moments (2000) pour clarinette, accordéon et trio à cordes, Ferne nähe (2001), oeuvre pour quatuor à cordes et orchestre spatialisé réparti en cinq groupes, Gefalteter Augenblick (2002), oeuvre pour orchestre. Dans ces oeuvres, l’espace n’est pas un élément stable, constant. Il est continuellement recréé grâce à l’étagement des lignes polyphoniques mais aussi à différents degrés de présence des instruments.
Avec Ein Atemzug – die Odyssee, Isabel Mundry élargit son travail sur la spatialisation de la musique au théâtre musical ou théâtre lyrique (Musiktheater). L’oeuvre a été créée le 7 septembre 2005 à l’Opéra de Berlin par l’Ensemble Recherche placé sous la direction de Peter Rundel, dans une mise en scène de Reinhild Hoffmann, avec Salome Kammer (Pénélope), Thomas Laske (Ulysse), Kai Wessel (Athéna-Circé-Hermès-Tirésias), Marco Blaauw (trompette) et Teo Anzellotti (accordéon).
Ein Atemzug – die Odyssee inclue 2 pièces pour orchestre que la compositrice avait écrites en 2003: Gefaltete Zeit et Penelopes Atem.
La première chose marquante est la quasi absence de texte car Isabel Mundry a souhaité que la dramaturgie ne soit pas soutenue par le texte mais par la musique. « Ce qui m’intéresse dans l’Odyssée, ce n’est pas le récit épique mais bien les réflexions sur le temps et l’espace induites par l’attente de Pénélope et le périple d’Ulysse. Le temps et l’oubli transforment notre perception, c’est ainsi que certaines cellules musicales se métamorphosent, sont reprises par d’autres instruments en fonction de leur éloignement par rapport au sujet.
Quant à la réflexion sur l’espace, elle est concrétisée par un traitement original de l’espace scénique : le public est entouré de musiciens, dans la fosse, sur la scène et partout dans la salle. Les musiciens se déplacent et transforment la donne acoustique en permanence, créant de nouvelles sonorités et de nouveaux rapports entre les acteurs. »*
Le son est donc un acteur en mouvement, au même titre que les personnages. Cette impression se trouve renforcée par le traitement de la figure d’Ulysse. Si le personnage existe physiquement, il reste muet les trois quart de l’opéra. Il s’exprime par le biais d’une trompette qui se déplace avec lui sur la scène, d’une aventure à l’autre. Parfois un accordéon répond à la trompette, c’est la seconde voix de Pénélope. Ulysse ne trouvera la
voix que lorsqu’il reverra Pénélope à Ithaque.* (*d’après l’article de Lyse Bruyneel pour www.forumopera)
Durée : environ 1h15