Palmarès 2011-1951
Né en 1953, Pierre Assouline est écrivain et journaliste. Parallèlement à son activité de chroniqueur au Monde des Livres et à L’Histoire et de critique au Magazine Littéraire, il enseigne à Sciences Po depuis une dizaine d’années. Son blog, La République des Livres, qu’il a créé en 2004, est l’un des plus consultés en matière d’actualité littéraire. En 2007, il reçoit le Prix de la langue française.
Pierre Assouline est l’auteur de nombreuses biographies dont celles de Marcel Dassault (1983), Gaston Gallimard (1984), Jean Jardin (1986), Daniel-Henry Kahnweiler (1988), Albert Londres (1989), Georges Simenon (1992) ou encore Hergé (1996). On lui doit également des entretiens avec Antoine Blondin (Le flâneur de la rive gauche, 1988) et Raoul Girardet (Singulièrement libre, 1990).
L'épuration des intellectuels, publié en 1996, revient sur les procès de journalistes et écrivains français des années 1940 (Robert Brasillach, Charles Maurras, Jean Hérold-Paquis, Georges Suarez, Henri Béraud, Jean Luchaire, etc.) et pose la question de la responsabilité des intellectuels face aux conséquences de leurs écrits.
Paru en 1997, Le dernier des Camondo « de l'Inquisition espagnole au génocide nazi en passant par le ghetto de Venise et les palais de Constantinople, n'est pas seulement un récit historique retraçant l'épopée de ces grands seigneurs séfarades. C'est aussi une méditation sur la solitude d'un homme abandonné par sa femme, inconsolé de la mort de son fils, qui consacra sa vie et sa fortune à reconstituer au cœur de la plaine Monceau une demeure aristocratique du XVIIIème siècle, laissant à la France le plus éclatant témoignage d'un monde disparu et transmettant malgré tout le nom des siens à la postérité. » (Présentation de l’éditeur)
Avec Le fleuve Combelle (1997), Pierre Assouline nous révèle : « Je rêvais d'un portrait-croisé et non d'une biographie. Surtout pas une biographie. Une sorte de quête à défaut d'une véritable enquête. Une conversation de quinze ans, ça vaut bien ça. J'ignore ce que j'ai bien pu lui apporter, mais je sais ce qu'il m'a donné. Tant pis si d'aucuns n'y voient qu'un jeu trouble et pervers entre un Israélite et un collabo. Tant pis pour eux : je n'étais pas son bon Juif. »
Il aborde ensuite l’épisode de la collaboration avec La Cliente (1998), dans lequel « en poursuivant des recherches sur la vie d'un écrivain, un biographe découvre par hasard des milliers de lettres de dénonciation. […] On peut tout dire, mais peut-on tout entendre ? Méditation sur la banalité du mal, ce récit est celui d'un obsessionnel que la volonté de comprendre a failli faire basculer de l'autre côté du miroir. » (Présentation de l’éditeur)
Dans Double vie (2002) Pierre Assouline parle de la place de la technologie dans les sociétés contemporaines, thématique qu’il aborde à nouveau en 2008 avec Brèves de blog. Le nouvel âge de la conversation, qui réunit 600 commentaires issus d’Internet.
État limite (2003) met en scène un « généalogiste professionnel, François-Marie Samson [qui] vient de mettre la main sur l'un des plus beaux arbres généalogiques qu'il puisse imaginer : celui de la dynastie Chemillé, exemple parfait de la vieille noblesse française. Convié à la grande réunion familiale organisée pour la présentation de son travail, il découvre l'intérieur d'un milieu qu'il ignorait : l'aristocratie, et observe avec une curiosité sans borne tous les éléments qui en font sa grandeur.»
(Présentation de l’éditeur)
En 2005, Pierre Assouline publie Lutetia (2005 – Prix des Maisons de la Presse) qui raconte une histoire d'amour entre le détective du Lutetia et une amie d'enfance, mais surtout une histoire de la France de 1938 à 1945 à travers l'histoire de l'Hôtel Lutetia qui a, durant l'Occupation, servi de siège aux services secrets allemands puis, à la Libération, de lieu d'accueil des déportés et rapatriés.
Dans Le Portrait (2007), « Pierre Assouline aime enquêter, déterrer des os, raconter. Cela, si l'on est vif s'appelle faire du roman. Quelle est la meilleure façon de procéder ? Assouline n'y est pas allé de main morte : il existe un beau portrait, par Ingres, vers 1845, de la baronne Betty, elle-même fille d'un autre baron de Rothschild. Assouline lui prête du sang pour les veines, un cœur pour battre, des mots pour la mémoire - et voilà. » (François Nourissier, Le Magazine Littéraire, octobre 2007)
Avec Les Invités (2009), « Pierre Assouline nous régale, à tous les sens du terme, d'une comédie de mœurs où des convives prouveront le temps d'un repas que c'est souvent dans le miroir déformant d'autrui que l'on se découvre. » (Franz-Olivier Giesbert, Le Point, 16 avril 2009)
Dans Vies de Job (Gallimard, janvier 2011), il s’attarde sur « un personnage biblique, qui n'a sans doute jamais existé, mais à qui on attribue le Livre qui porte son nom. Un texte terrible, d'une universalité absolue, selon Assouline, puisqu'il y est question du scandale de la souffrance, et plus encore de celle qui frappe le juste. Un livre qui, pour le croyant, pose rien moins que la question de la coexistence du mal et de Dieu, et du mystère de la théodicée (du grec théo dikê : justice divine). » (Bernard Loupias, Le Nouvel Observateur, 20 janvier 2011)
Née en 1953, à Perpignan, d’une famille catalane, Dominique Bona est la fille d’Arthur Conte, écrivain et homme politique. Agrégée de Lettres modernes, elle a travaillé comme assistante à France Culture et France Inter de 1976 à 1980 avant de devenir journaliste et critique littéraire au Quotidien de Paris (1980-1985) puis au Figaro littéraire depuis 1985.
Dominique Bona entre en littérature avec les romans Les heures volées (1981) et Argentina (1984) avant de se tourner vers la biographie qui constituera la plus grande partie de son œuvre : Romain Gary (1987), Les Yeux noirs ou "les vies extraordinaires des sœurs Hérédia" (1989).
En 1992, elle publie Malika (Prix Interallié), l’histoire d’une jeune et attirante Marocaine, d'origine berbère, qui pénètre dans le petit univers futile et snob d'une famille en vacances à Saint-Tropez, avant de consacrer une biographie à Gala (1994, Prix Méditerranée) et à Stefan Zweig, l'ami blessé (1996).
En 1998, elle reçoit le Prix Renaudot pour Le manuscrit de Port-Ebène, le journal d’une jeune fille issue de la noblesse vendéenne, qui livre sa révolution personnelle, organisée en Haïti entre 1789 et 1793. En 2000, Dominique Bona est récompensée par la Bourse Goncourt de la biographie pour Berthe Morisot, le secret de la femme en noir, où elle rend hommage à la seule femme du groupe des impressionnistes.
Avec Il n’y a qu’un amour (2003), elle offre une biographie d’André Maurois à la fois fouillée et inspirée. « Elle a choisi pour cela de s’intéresser aux trois femmes qui ont tenu, dans la vie de Maurois, des rôles dissemblables, mais pareillement essentiels. […] Chacune tient à son côté une place différente. Mais toutes les trois fournissent à son œuvre romanesque le principal de sa substance. Dominique Bona se livre ici à une lecture croisée de l’existence chahutée de l’écrivain et des livres qui en ont résulté.» (Jean-Claude Lebrun, L’Humanité, 24 juillet 2003)
Dans La Ville d’Hiver (2005), voyage initiatique vers des contrées insaisissables et dangereuses, la romancière s’interroge : Comment réapprendre à aimer ?
En 2006, Dominique Bona publie Camille et Paul, la passion Claudel, où elle réunit, pour la première fois, les destins passionés des Claudel, frère et soeur.
Poursuivant son travail de biographe, elle livre Clara Malraux (Grasset, janvier 2010) dans lequel elle "brosse un beau portrait croisé du couple détonant que formèrent André et Clara Malraux... Clara aime cet homme complexe, le comprend, le subit, s'en agace. Il est brillant, fantasque, égoïste. Elle est plus sobre, plus austère, plus profonde à certains égards que le flamboyant Prix Goncourt 1936. [...] L'auteur d'Il ny'a qu'un amour et de Camille et Paul, qui a connu Clara, a écrit l'histoire de ce couple de légende en les plaçant face à face comme deux miroirs qui se réfléchiraient à l'infini, tout en s'éloignant. Au contact de Clara, André s'éclaire d'une lumière singulière, plus conforme à la réalité." (Etienne de Montety, Le Figaro, 14 janvier 2010).
En octobre 2010, Dominique Bona publie Camille Claudel, la femme blessée (Huitième Jour) dans lequel elle revient sur le destin de l’artiste et sur sa relation avec Rodin.
Né en 1939, à Bruxelles, Pierre Mertens écrit des petites pièces dès l’âge de 11 ans. La question algérienne éveille sa «conscience politique» et il entame des études de droit international à l’Université Libre de Bruxelles, où il dirigera par la suite le Centre de sociologie de la littérature. En 1989, il entre à l’Académie royale de langue et de littérature françaises de Belgique. Il est critique littéraire au quotidien belge Le Soir depuis 1971.
Influencé par Franz Kafka, il commence à publier romans et nouvelles. La plupart de ses héros se caractérisent par une blessure secrète, comme l’enfant de L’Inde ou l’Amérique (1969), les protagonistes du Niveau de la mer (1970), ou le trio familial de La Fête des anciens (1971), de Nécrologies (1977) et d’Ombres au tableau (1982). Sur fond d'Histoire, ses personnages se reconstruisent après une cassure, une tragédie.
Moins intimistes, Les bons offices (1974) et Terre d’asile (1978) plongent les personnages dans la tourmente du monde contemporain. L’histoire belge y est présentée sous le regard d’un étranger et prend un sens nouveau.
Fortement influencé par la musique, omniprésente dans ses œuvres, il signe un livret d’opéra, La passion de Gilles (1982), qui sera mis en musique par Philippe Boesmans.
En 1984, Pierre Mertens change de style et de sujet avec Perdre, un roman à part, qui traite de l’amour fou. La même année, il revient à la nouvelle avec Terreurs qui fait notamment allusion au changement de régime politique en Grèce.
Avec Les Éblouissements (1987 - Prix Médicis), l’écrivain réinvente l’existence misérable et glorieuse de Gottfried Benn, intellectuel ambigu du XXème siècle qui a peu à peu rallié les rangs du IIIème Reich.
En 1995, Une paix royale déclenche un scandale en mettant en cause la famille régnante à travers un récit où se mêlent fiction et réalité.
En 1999, dans Tout est feu, il adresse à ses lecteurs un message de lucidité, de vigilance et d'espoir : « L’œuvre d’art n’est pas là pour consoler, ni pour compenser ou équilibrer le mal. Elle est une petite arme, modeste, pour faire reculer la brute ; au prix d’une certaine magie, au prix d’une espèce de chamanisme. Et je crois à cette sorte de sortilège. »
Pierre Mertens publie en 2001, Perasma, roman d’amour et de musique : « Ce chant du cygne sur l’amour qui naît, brûle et passe est comme l’ultime soubresaut d’un amant éperdu de paradis perdu. » (Marie Alstadt, Lire, mai 2001)
En 2007, le Grand Miroir réédite Les chutes centrales (Verdier, 1990), recueil de nouvelles où « Il est question de rencontres, de collisions, de retrouvailles et de diverses pertes. On prétend relater la chronique d'une destinée ou d'un instant. Mais toujours quelque chose manque. C'est en désignant ce manque que la vie, soudain, se remet en branle à travers les mots. Ou du moins son mouvement, son mystère. » (Présentation de l’éditeur)
Pierre Mertens vient de publier deux ouvrages : Le don d’avoir été vivant (Ecritures, septembre 2009) et Paysage avec la chute d’Icare (Sueil, septembre 2009).
Né en 1956, Jérôme Garcin se lance très jeune dans la carrière journalistique en entrant aux Nouvelles littéraires en 1977. Producteur et animateur des émissions Ouvert le dimanche et Boîte aux lettres à FR3 (1981-1987) et de Permission de minuit à TF1 (1987), il a été directeur de la rédaction de L'événement du jeudi de 1989 à 1994 et rédacteur en chef à L'Express jusqu'en 1996. Il est aujourd'hui producteur-animateur du Masque et la plume sur France-Inter, et, depuis 1996, Directeur adjoint de la rédaction du Nouvel Observateur, chargé des pages culturelles.
Ses premières publications sont des livres de dialogues : Entretiens avec Jacques Chessex (1979), Si j'ose dire, entretiens avec Pascal Lainé (1982), L'Ecole buissonnière, entretiens avec André Dhôtel (1983), De Montmartre à Montparnasse, entretiens avec Georges Charensol (1989).
On lui doit ensuite deux superbes essais : Pour Jean Prévost (1994, Prix Médicis de l'Essai et Grand Prix de l'Essai de la SGDL) où, mêlant intimement l'œuvre et la vie de l'auteur de Dix huitième année, Jérôme Garcin réhabilite un grand esprit, un humaniste exemplaire ; et Littérature vagabonde (1995) où, en digne successeur de Jules Huret, il sillonne la France à la recherche des écrivains, croyant dur comme fer à la supériorité de la littérature sur les guides touristiques. « Ce livre en dit plus sur le métier d'écrivain que bien des essais. Il élève l'enquête de voisinage et l'art de musarder au rang de nécessité littéraire » (Gérard de Cortanze).
En 1998, Jérôme Garcin publie son premier récit, La chute de cheval. Entre l'autobiographie déguisée (son père est mort dans la forêt de Rambouillet d'une chute de cheval) et la célébration de l'art équestre, l'auteur a rédigé un livre pour répéter "la partition du mortel galop dont l'obsédante musique à trois temps n'en finit pas de chanter, de cogner dans [s] a tête".
En 1999, il publie Barbara, claire de nuit, vibrant hommage à la chanteuse disparue et, en 2000, son premier roman, C'était tous les jours tempête.
Titre extrait d'une phrase du Rouge et le Noir de Stendhal, C'était tous les jours tempête est un roman épistolaire et historique qui conte l'ascension et la chute de Marie-Jean Hérault de Séchelles. Histoire d'un fourvoiement secret, mais aussi roman d'amour d'un condamné qui écrit des confessions vibrantes à Madame de Sainte-Amaranthe.
En janvier 2003, il fait paraître Théâtre intime , longue déclaration d’amour à Anne-Marie Philipe, son épouse et la mère de ses enfants auxquels ce livre est dédié. « Je n’aurais pas su aimer sans admirer », ainsi commence Théâtre intime , le théâtre de son amour pour une comédienne écrasée par le poids de son mythique père. Aimer un acteur, quelqu’un qui, sur scène, appartient à d’autres, est une expérience singulière que Jérôme Garcin décrit avec minutie, de manière bouleversante, sans pour autant renoncer à l’humour.
Déclaration d’amour encore avec Bartabas (2004), le plus inspiré et le plus romanesque des écuyers-metteurs en scène. Si on connaissait déjà l’amour de Jérôme Garcin pour les chevaux, ce roman dévoile son amitié pour Zingaro, « ce compère, ce complice, ce frère tant espéré. » (Homeric, Le Magazine littéraire, septembre 2004)
Avec Cavalier seul (journal équestre), paru en janvier 2006, le romancier met un point final à l’aventure commencée avec La chute de cheval en 1998 : « Je n’écrirais plus sur les chevaux. J’en ai terminé avec le récit de l’intime. J’arrive doucement à la fin de mon travail de deuil » car « je suis convaincu que, dans l’exploration de ma sauvage intimité avec l’animal, je n’irai pas au-delà. J’ai tout dit, à ma façon. Je veux désormais écrire sur ce que j’ignore encore. »
C’est donc tout naturellement que Jérôme Garcin revient au roman avec Les sœurs de Prague (Gallimard, janvier 2007) : de nos jours, un écrivain médiocre obtient soudain un succès inespéré pour son dernier livre. Il est remarqué par la directrice d’une agence littéraire qui le convainc de rejoindre son «écurie» d’auteurs. « De la comédie à la tragédie, Les sœurs de Prague dévoile, par le biais de la fiction, les pratiques quelquefois ambiguës des agents littéraires et artistiques, implantés depuis longtemps dans le monde anglo-saxon mais nouveaux venus en France. » (Mot de l’éditeur)
Dix ans après la mort de l’énigmatique François-Régis Bastide, Jérôme Garcin publie Son excellence, monsieur mon ami (Gallimard, 2008), un magnifique hommage à l’auteur de La fantaisie du voyageur, au fondateur du Masque et la Plume, à l’ambassadeur de France à Copenhague et à Vienne, à cet écrivain-musicien qui a tant compté pour lui, et que l’époque a oublié.
« Jérôme Garcin ne se résout pas à constater la disparition de son vieux complice, paré de tous les dons, à commencer par celui de séduire et de plaire. Beaucoup et souvent. Il consacre à cet irréprochable ami un récit de haute tenue, admirable et tremblé, pour dérober à la nuit de l’oubli sa part d’éternité. Il ne conçoit d’ailleurs ses affinités électives que scellées par une fidélité reconnaissante qu’il déploie, de livre en livre, pour saluer les vivants et les morts de son théâtre intime. (Jean-Claude Raspiengeas, La Croix)
Né en 1943 à Saint-Pierre-sur-Dives (Calvados), Jacques-Pierre Amette est romancier, nouvelliste, dramaturge, journaliste, critique littéraire, biographe et scénariste... Sa passion pour la littérature le conduit à publier son premier roman à vingt-deux ans, Le congé (1965). En 1986, il reçoit le Prix Roger Nimier pour son récit Confessions d’un enfant gâté.
Jacques-Pierre Amette témoigne d'un attachement profond pour sa Normandie natale (Jeunesse dans une ville normande, 1981 ; Les deux Léopards, Prix Contre-point 1997) et pour l'Allemagne. Mais c’est surtout aux grands auteurs de ce pays qu’il voue une véritable admiration et, plus particulièrement, à Hölderlin sur lequel il écrira L'adieu à la raison, ou le voyage de Hölderlin en France (1993), et à Bertold Brecht que l'on croise dans son roman Province (1995) et que l'on retrouve bien évidemment dans La maîtresse de Brecht (2003, Prix Goncourt).
Jacques-Pierre Amette a publié Un été chez Voltaire (Albin Michel, janvier 2007), où il fait revivre avec brio la vie au château de Ferney : Été 1761, Voltaire reçoit deux ravissantes comédiennes italiennes venues répéter Le Fanatisme ou Mahomet, pièce écrite vingt ans auparavant et fort critiquée alors. Après les répétitions, les nuits tièdes portent aux jeux, au libertinage, aux confidences brûlantes. Pendant ce temps, non loin de là, Rousseau triomphe avec La Nouvelle Héloïse, qui condamne ce divertissement infâme : le théâtre...
Roman d’ambiance, où le personnage principal n’est évoqué qu’en filigrane, par petites touches malicieuses, Un été chez Voltaire est jonché de situations cocasses, de dialogues enlevés et caustiques souvent inspirés de la correspondance de l’auteur. « On retrouve dans le Voltaire passionné, fantasque de Jacques-Pierre Amette, l'esprit, l'élégance, l'ironie des romans du XVIIIe siècle. Mais aussi une réflexion d'une prodigieuse actualité sur le fanatisme. » (Mot de l’éditeur)
Né en 1936 à Talence (près de Bordeaux), Philippe Sollers publie son premier roman à vingt-deux ans, Une curieuse solitude, qui est salué à la fois par Mauriac et par Aragon.
Renonçant toutefois à la carrière à succès qui semblait l’attendre, Sollers devient un chef de file de l’avant-garde littéraire. Il fonde la revue et la collection Tel Quel, lieu d’élection de la critique structuraliste et écrit des oeuvres de recherche où se marque l’influence des grands noms de la modernité comme Joyce, Bataille, Artaud ou Céline.
Fondateur en 1983 de la revue et de la collection L’infini, il publie de nombreux essais sur la littérature et l’art: Théorie des exceptions (1986), Carnet de nuit (1989), Improvisations (1991) et préface les Lettres à la N.R.F. de Céline. Toujours en 1983, il publie un roman accessible à un large public, Femmes, qui décrit avec un humour décapant les moeurs et les modes des années soixante-dix.
De la même veine sont inspirés les romans suivants, Portrait du joueur (1985), Le coeur absolu (1987), Le lys d’or (1989) ou La fête à Venise (1991), où l’on retrouve cette effervescence intellectuelle caractéristique d’un écrivain qui, sans cesser d’être le témoin ironique de cette « société du spectacle » qui est la nôtre, tend à s’imposer, par sa liberté d’esprit et de style, comme l’un des plus brillants héritiers du XVIIIème siècle.
Dans Le secret (1992), confession réécrite d’un agent secret, qui porte sur plusieurs points cruciaux de « l’envers de l’histoire contemporaine » (l’attentat du Pape à Rome, la montée de la corruption…) ou dans Studio (1997), roman dans lequel il est question de poésie, celle de Rimbaud ou d’Hölderlin, de la « société du spectacle » et du rôle de l’écrivain, Sollers tourne autour de la même interrogation: à quoi ressemble la vie d’un écrivain à la fin du XXème siècle ?
Les années 1996-1998 sont une période particulièrement prolixe pour Philippe Sollers qui publie plusieurs essais: Picasso, le héros ; Les passions de Francis Bacon; Sade ou l’être suprême ; Casanova l’admirable. Philippe Sollers n’est jamais aussi pertinent que lorsqu’il parle de sujets qui le touchent de près, et, qu’il s’agisse de Sade ou de Casanova, il nous restitue deux êtres en proie aux affres de la création littéraire et faisant du plaisir pur le sujet principal de leur recherche.
En 2000, Sollers publie Passion fixe, roman d’amour, tendre et émouvant, sans doute le plus intime de son auteur, immoral et moral tout à la fois. « Magnifique roman, frondeur et antidépresseur, pied de nez à la nef des fous, Passion fixe poétise un refus d’en finir. » (J.L. Doin, Magazine littéraire)
L’amour mène la danse. Libre à chacun de l’accepter ou de le refuser, de rester en enfer ou d’accéder au paradis. Voilà encore l’idée centrale qu’avance Philippe Sollers dans La Divine Comédie (2000), recueil d’entretiens avec Benoît Chantre, relecture lumineuse de
l’oeuvre de Dante.
Depuis longtemps, Philippe Sollers a fait du XVIIIème son siècle de prédilection, lui consacrant livres et articles: Les surprises de Fragonard, Le cavalier du Louvre Vivant Denon, Casanova l’admirable… et, plus récemment, Mystérieux Mozart (2001). On sait, depuis Une curieuse solitude, que la littérature de Sollers est musique: les références à cette dernière sont innombrables. Dans Femmes déjà: « Qui ne comprend rien à la musique ne peut rien comprendre à la métaphysique. »
Mais plus qu’un siècle de prédilection, plus que la musique, l’art, la littérature, Sollers a, depuis 1963, un lieu de prédilection, un lieu qui réunit tout son panthéon personnel: Venise. Da Ponte, Vivaldi, Tiepolo, Tintoret, Titien, Véronèse… et puis Casanova « l’homme dont le nom est synonyme de Venise », Vivant Denon et la Comtesse Albrizzi… Expériences intimes, notations, sensations, érudition, Sollers nous livre les splendeurs de la Sérénissime dans un Dictionnaire amoureux de Venise (2004) très personnel.
Erudition toujours avec Une vie divine (2006). Le narrateur, professeur de philosophie, s’est vu confier la tâche de réfléchir à une philosophie mondiale qui n’exclurait pas la dimension religieuse de l’humanité. Au fil de ses recherches et de ses discussions avec les deux femmes de sa vie (l’une cérébrale et l’autre frivole) il découvre qu’un seul penseur se montre assez solide pour fonder un projet de philosophie mondiale : Nietzsche. Mais un Nietzsche débarrassé de ses oripeaux, « ni fou, ni facho, mais enchanteur », bref, un «Nietzsche terriblement sollersien » (P. Besson, Marianne n°79).
Avec ce nouveau roman, Philippe Sollers s’élève contre le nihilisme contemporain – littérature de l’impasse, du malheur et de la mélancolie - auquel il oppose des promesses de vie et de bonheur.
Livre politique et roman philosophique, Une vie divine est un texte grave et drôle sur la possibilité, non pas d’une île, mais d’être heureux. Nietzsche contre Schopenhauer. L’éloge de la joie contre la tristesse et le défaitisme ambiant.
« Je suis né le 10 septembre 1957 à Krasnoïarsk (Sibérie). Mon enfance fut marquée par l’immensité des espaces sibériens, par la singularité des us et coutumes de cette contrée, par son passé (évoqués dans Au temps du fleuve Amour). Durant ces années là,
on rencontrait dans les villes russes des anciens prisonniers du Goulag et des rescapés des camps allemands. Leurs récits ainsi que plus généralement le passé de l’époque stalinienne (la terreur politique et la lutte contre l’invasion nazie) se sont profondément
gravés dans ma mémoire.
La présence d’une Française (qui apparaît sous le nom de Charlotte Lemonnier dans Le testament français) forme un monde à part dans l’univers sibérien de mes jeunes années. Elle m’initie à la langue et à la culture françaises. Devenant bilingue, je découvre aussi une autre forme de bilinguisme : celle que manie la poésie en réinventant la langue. Les poèmes (de jeunesse) que j’écris me laissent expérimenter cet « entre-deux-langues » de l’écriture poétique que j’ai déjà exploré dans le passage du russe au français. Ces expériences de bilinguisme me font prendre conscience que le monde n’est pas unique, que la résistance à la pression idéologique est possible précisément grâce à ces mondes doubles, qu’il y a toujours un ailleurs.
A l’époque, je cherche cet ailleurs dans les voyages (Sibérie, Extrême-Orient, Asie centrale, le Grand Nord russe), au cours des années 70. Ce sont aussi les années d’université à Kalinine puis à Moscou. D’autres voyages me mènent en Europe occidentale, en Asie, en Afrique et en Australie. Depuis la fin des années 80, je vis en France. J’enseigne quelques années à Sciences-Po, fais une thèse de doctorat sur l’oeuvre d’un grand poète et prosateur russe, Ivan Bounine. En 1990, je publie La fille d’un héros de l’Union soviétique, en 1995, Le testament français obtient plusieurs prix littéraires, dont le Goncourt. »
En 1998, Andreï Makine publie Le Crime d’Olga Arbélina et en 2000 Requiem pour l’Est, roman d'amour cerné par la mort, où l'écrivain rend hommage à une Russie qui, par ses tourments, n'a cessé d'exacerber l'âme de son peuple.
En 2001, il reçoit le Grand Prix RTL / LIRE pour La musique d’une vie, roman court, contre l'attente. Tout y est intériorisé, comme des sentiments restés trop longtemps emprisonnés pour pouvoir jamais s’épanouir au grand jour.
Revenant à une inspiration plus autobiographique, Makine nous livre en 2003 La Terre et le ciel de Jacques Dorme, roman foisonnant entre légende et carnet intime où éclate une nouvelle fois son amour de la langue française.
En 2004, Andreï Makine fait paraître La femme qui attendait. « Véra est l’un de ces êtres que Dostoïevski appelait « héros de l’extrême ». Engagés à corps perdu dans leur quête spirituelle ou amoureuse, ils se débattent à la limite de la folie mais aussi de la vérité souveraine. Celle, charnelle, et cosmique, qui exprime le dense mystère de leur vie, si humble d’apparence.
La folie de Véra est d’attendre l’homme qu’elle aime, de refuser l’oubli, d’arracher à la solitude les âmes abandonnées par ceux qui préfèrent oublier. Mais surtout de garder l’espérance. Malgré tout. » (4ème de couverture)
Musicologue et romancier français, Philippe Beaussant est né le 6 mai 1930 à Caudéran (Gironde). Il a d’abord enseigné en France et en Suisse avant d’être professeur de littérature française à l’université d’Australie du Sud, en 1965. En même temps, il fait des tournées de concerts et crée l’ensemble instrumental et vocal The Armidian Players, qui se consacre à la musique française baroque.
En 1977, il fonde l’Institut de musique et danse anciennes, qui donne lui-même naissance à plusieurs ensembles aujourd’hui internationalement reconnus, tels que La Chapelle Royale et la troupe de danse Ris et danceries.
Producteur à Radio-France/France Musique depuis 1974, Philippe Beaussant a assuré de nombreuses émissions, en particulier dans le cadre du Matin des Musiciens.
Depuis un premier livre sur l’art roman, Le Jeu de la pierre et de la foi (1962), l’oeuvre de Philippe Beaussant s’étend dans deux directions distinctes, la fiction romanesque d’une part, la musicologie d’autre part. De la première relèvent Le Biographe (1978), L’Archéologue (1979) et La Belle au bois (1990). De la seconde, une série d’ouvrages tous consacrés - à l’exception de Musique et danse au Cambodge (1971) - à la musique française des XVIIème et XVIIIème siècles : Versailles-Opéra (1982), Rameau de A à Z (1983), François Couperin (1986), et, plus récemment, Vous avez dit « baroque » ? (1988), Vous avez dit « classique » ? (1991) et Lully ou le Musicien du soleil (1992).
Philippe Beaussant apparaît aujourd’hui comme l’un des principaux acteurs de la renaissance de la musique baroque en France, ces vingt dernières années.
En 1999, Philippe Beaussant publie Stradella, roman musical digne d’Alexandre Dumas. Dans l’Italie du XVIIe siècle, un musicien de génie nommé Alessandro Stradella s’éprend de son élève, Ortensia, la surdouée qu’il souffle à son protecteur et fait passer pour un castrat. Au passage, l’auteur tire son chapeau aux peintres de l’époque, nous glisse ses propres réflexions et s’interroge sur l’oeuvre en cours.
Avec Le Roi Soleil se lève aussi (2000), Philippe Beaussant s’intéresse à nouveau à un personnage illustre auquel il avait déjà consacré un essai en 1999 : Louis XIV artiste.
Comment s’élabore la conscience de soi d’un roi ? Telle est l’interrogation fondamentale qui hante le romancier. Pour l’homme du XVIIe siècle le moi social et le moi profond se confondent à un tel point que la question ne se pose guère. L’interrogation de Philippe Beaussant est donc moderne. Elle est celle d’un homme qui entend résoudre l’énigme de ce XVIIe siècle en espérant secrètement trouver les clés de son propre temps. Sa réflexion sur l’Histoire se double d’une interrogation sur les enjeux de notre société.
En 2002, Philippe Beaussant revient à la musicologie avec Le Chant d’Orphée selon Monteverdi où il décortique le mythe d’Orphée et ses avatars et nous introduit dans le miracle montéverdien, cette apparence de naturel qui jaillit pourtant d’une écriture extrêmement diversifiée, où la polyphonie la plus complexe côtoie la mélodie la plus dépouillée.
En 2003, Philippe Beaussant fait paraître Le rendez-vous de Venise, roman de facture classique et de tonalité fortement romantique. Charles, extraordinaire historien de la peinture, n’a toujours vécu que pour la peinture, y trouvant plus qu’une manière de vivre, son oxygène, sa respiration. A sa mort, Pierre classe toutes ses notes et tombe sur un carnet où l’oncle raconte une passion d’un mois. Le roman est l’histoire de cette passion. Mais, au-delà de l’histoire, il y a l’art qu’a Philippe Beaussant de parler et de faire vivre la peinture.
Né en 1925, à Moudon en Suisse, Philippe Jaccottet suit des études littéraires à l’Université de Lausanne avant d’entreprendre une collaboration à Paris, de 1946 à 1953, avec l’éditeur Mermod.
Il choisit de s’installer définitivement en France, à Grignan, où il mène dès lors une vie retirée, consacrée à la traduction et à son oeuvre.
Traducteur admirable d’Homère, de Rilke (sans doute l’intercesseur principal du poète) et de Musil, essayiste, Jaccottet est avant tout un poète jusque dans les « proses » et carnets qui jalonnent son itinéraire.
Ses principaux recueils poétiques de 1946 à 1967 – Requiem (1947), L’Effraie (1953), La Promenade sous les arbres (1957), L’Ignorant (1958), Airs, relation poétique des saisons de l’année (1967) – ont été réunis dans un volume de la collection « Poésie Gallimard » en 1971, avec une préface de Jean Starobinski.
Depuis, l’oeuvre s’est diversifiée, offrant des récits de rêves : L’Obscurité et Eléments d’un songe (1961), des proses : Paysages avec figures absentes (1970), A travers un verger (1975) ; des carnets : La Semaison (1971, augmentée en 1984) et Journées (1977).
Dès ses premiers écrits, une obsession de la mort se fait jour : l’« évidence noire » de Requiem (« Toute poésie est la voix donnée à la mort ») et le récit de la mort d’un ami dans Leçon (1969) illustrent cette pensée récurrente. Secrètement miné par le regret et la perte, Jaccottet est parfois tenté par le désespoir du « Maître », personnage de L’Obscurité. Mais, loin de la complaisance morbide, la conscience de la mort chez Jaccottet doit engager le poète dans la voie d’une vie plus ardente et plus noble.
Dès 1974, Chant d’en bas fait appel à une parole plus humble, qui aurait comme intériorisé la « leçon » de la mort. A l’accablement, répond un mouvement vers le haut – A la lumière d’hiver (1977) et surtout Pensées sous les nuages (1983) - où le poète oppose une vision d’équilibre entre la douleur et la beauté de la vie.
En 1990, il publie Cahier de verdure où il mêle vers et proses, multipliant les expérimentations formelles. La sobriété du propos et le lyrisme tempéré sont le reflet d’une morale esthétique où l’humilité est le maître mot : « L’effacement soit ma façon de resplendir ».
En 2002, Philippe Jaccottet revient sur le devant de la scène littéraire : publication de ses correspondances avec Gustave Roud : Philippe Jaccottet, Gustave Roud, Correspondance
1942-1976 (édition établie, annotée et présentée par José-Flore Tappy), Et, néanmoins, recueil de poèmes et de proses poétiques, La Semaison (3ème volume) et Notes du ravin.
« Ici, dans les trois nouveaux livres que nous offre Jaccottet – oeuvres qui semblent surgies d’un très long hiver -, il est de nouveau question d’aubes et de fins du gel, mais il semble que l’espace habité se soit ouvert plus largement, révélant parfois des abîmes. La place laissée aux rêves dans le troisième volume de La Semaison semble ainsi faire reculer l’acte d’écriture vers des zones plus secrètes et inconnues encore » (Laurent Margantin)
Cette impression se confirme dans Notes du ravin : « Le secret du ravin est dans la présence d’une neige très blanche dans un lieu écarté et étroit, et que le poète parcourt et reprend en tout sens. C’est sans doute le lieu premier de la poésie que cherche à pratiquer Jaccottet, un site écorché et silencieux, géographiquement complexe aussi ». (Laurent Margantin)
Et, néanmoins interroge à nouveau : le poétique est-il tributaire des élans ou des chutes du rêve ? Et tel un songe allant du vers à la prose, le poète va du désespoir à l’émerveillement, de l’émerveillement à l’angoisse de la mort dans un mouvement infini.
Mais des surgissements sauvent alors le poète du désespoir, tel le chant du rossignol qui clôt le recueil : « A cinq heures et demie du matin, sorti dans la brume d’avant le jour, j’entends le rossignol, le ruyseñor espagnol, l’oiseau dont le chant est un ruisseau ».
Née en 1939 à Québec, Marie-Claire BLAIS se fait connaître en 1959 par la publication d'un premier roman, La Belle Bête. Aussitôt remarquée, elle reçoit une bourse de la Fondation Guggenheim et, à partir de 1963, séjourne quelques années au Etats-Unis. C'est là qu'elle écrit Une saison dans la vie d'Emmanuel (1965) qui lui vaudra le Prix Médicis en 1966. Dans Parcours d'un écrivain (1993), elle retracera certains épisodes de ses années en Nouvelle-Angleterre.
Les premiers récits de Marie-Claire BLAIS, La Belle Bête et Tête blanche (1960), tiennent à la fois du conte et de la poésie et évoquent, en une suite de figures archétypales, la cruauté des rapports entre adultes et enfants. La violence et la sauvagerie de son premier roman (qui analyse avec une âpre lucidité les ressorts psychologiques d'une haine) resteront présentes dans à peu près tous ses livres et son théâtre, sans gratuité ni complaisance. Un lyrisme très personnel permet à l'auteur de traverser le miroir des apparences et de révéler les monstruosités cachées. Une saison dans la vie d'Emmanuel multiplie les points de vue et décentre un récit où se côtoient le noir et le tendre, la souffrance et la rédemption, le tragique et l'humour. Dans cet univers à la fois naturaliste et onirique, même la mort prend des allures de surréalité. Une saison dans la vie d’Emmanuel a été adapté au cinéma par Claude Weisz en 1968 et a reçu le Prix de la Quinzaine des jeunes réalisateurs.
La trilogie composée de Manuscrits de Pauline Archange (1968), Vivre ! Vivre ! (1969) et Les Apparences (1970) poursuit la dénonciation d'une société incapable de comprendre les jeunes insoumis, êtres de douceur et de révolte, que sont les personnages de Marie-Claire BLAIS.
Pauline Archange cherche dans l'écriture la seule voie possible pour apprivoiser la vie. Alors qu'Un joualonais, sa joualonie (1973) explore les particularismes langagiers et les variations de la langue québécoise dans le cadre d'une subtile transposition stylistique, Les Voyageurs sacrés, puis Une liaison parisienne (1975) déclinent, sur le mode lyrique ou réaliste, les tentations d'éternité d'errants en mal d'absolu : "L'Amour n'est-il pas le Dieu du temps perdu ?".
Un nouveau cycle romanesque commence avec Les Nuits de l'underground (1978), Le sourd dans la ville (1979) et Visions d'Ann a (1982 : Prix de l'Académie française) scènes d'apocalypse, visions éphémères émergent d'un maelstrom de lieux, de personnages, de
sensations. A partir d'une phrase souple aux tonalités multiples, le lecteur passe insensiblement d'une conscience à une autre, d'une voix à une autre, laissant entendre des accents d'une inaliénable solitude.
Le sourd dans la ville a été adapté au cinéma par Mireille Dansereau en 1987 et a reçu le Prix Mostra au Festival de Venise. La réalisatrice Paule Ballargeon travaille actuellement sur un projet d’adaptation cinématographique de Visions d’Anna.
Le vertige né de la fréquentation des extrêmes se retrouve dans Pierre (1986) et dans l'Ange de la solitude (1989).
Parallèlement à son oeuvre de romancière, Marie-Claire BLAIS poursuit une carrière de poète - Pays voilés et Existences (1964), OEuvre poétique (1997) - et dramaturge - L'Exécution (1968), Sommeil d'hiver (1986), La nef des sorcières (1977), l'Ile (1988)...
En 1995, Marie-Claire Blais publie Soifs (Prix du Gouverneur Général en 1996), roman dans lequel les voix des personnages, de jeunes intellectuels et artistes, s'entremêlent pour dire les malheurs de ce temps. Ecrit sans ponctuation, le roman aspire le lecteur et l'on finit totalement conquis par cette vertigineuse apnée littéraire.
Elle vient de faire paraître, en mars 2002, Dans la foudre et la lumière qui constitue le deuxième volet de cette vaste fresque de la fin du XXe siècle et de l’aube du nouveau millénaire.
Nous retrouvons ici, entre autres, les personnages de Soifs et pénétrons à nouveau dans leur imaginaire hanté par le crime, l’injustice, la guerre, les sectes, les prisons, les épidémies... Mais reste l’art, la vision lumineuse des artistes. L’art et la lumière, la lumière
traversée d’espoir.
Ecrivain humaniste, Marie-Claire Blais jette sur le monde un regard élégiaque. Dans la foudre et la lumière est une incantation, une prière, un hymne à la fragile splendeur de la terre et à la force rédemptrice de l’art.
« Née, ou presque, dans une valise diplomatique [en 1927], elle a vécu son enfance à Berlin, puis à Londres où elle fut pensionnaire chez les nonnes.
Adolescente, elle suivit ses parents de Shanghai à Pékin, ville où elle découvrit le silence, le sacré, la cruauté (entre l’ombre de Tseu-hi et la présence de l’armée japonaise). Rentrée dans son propre pays, envahie par un sentiment d’étrangeté, elle ne tarda pas à repartir longuement pour l’Italie d’où elle dut rentrer « au bercail ». L’ensemble de cette première partie de sa vie, kaléidoscopique, explique ses convictions et ses idées fixes : qu’il faut laisser à chaque pays sa forme de religion ; l’absurdité de vouloir convertir ou convaincre ; l’importance souveraine de la nature et de la musique qui consolent de la cacophonie des vies et des villes ; la passion des hauts lieux qui dégagent une puissance où prendre racine - que les racines, justement, sont aussi des pousses : les enfants et les livres.
Les littératures étrangères la captivent par leurs auras différentes ; si elle devait nommer certains de ses auteurs favoris, ce serait Mishima pour son acuité somptueuse ; Segalen, qui a merveilleusement capté le mystère du divers ; Emily Brontë, qui a chanté les drames de l’identification amoureuse et la sauvagerie de la Lande.
La traduction l’a rapprochée de deux écrivains : Henry James, à cause de sa pensée labyrinthique ; John Cowper Powys, pour qui le végétal, le minéral, l’animal et l’humain sont sur le même plan. Transposer leurs textes en français lui permit d’apprendre sa propre langue.
Les essais critiques, où débusquer les mobiles, les thèmes d’une oeuvre qui font d’elle un monde unique, sont sa manière d’écrire des romans policiers.
Eprise de la nouvelle, elle cherche surtout à décrire ces instants qui découpent la fausse logique et l’apparence d’un coup de ciseaux ; romancière, elle aimerait pouvoir (alors que c’est impossible) reproduire la violence du monologue qui se trame silencieusement dans la chambre. L’au-delà lui semble devoir faire partie du quotidien puisque, vue d’ailleurs, notre vie ressemble au squelette transparent d’une fourmi. » (Margerie - Le
Dictionnaire de Jérôme Garcin).
Diane de Margerie a publié Le Détail révélateur (1974), Le Paravent des enfers (1976), L’Arbre de Jessé (1979), La Volière (1979), Ailleurs et autrement (1980), Duplicités (1982)...
En 1998, elle consacre un très bel ouvrage au peintre Gustave Moreau - Autour de Gustave Moreau, la Maison des Danaïdes - où elle analyse la récurrence presque obsessionnelle de certains motifs et thèmes du peintre qui permettent de mieux comprendre son univers.
En 2000, Diane de Margerie publie un superbe essai littéraire Edith Wharton, lecture d’une vie. Depuis longtemps familière de l’oeuvre d’Edith Wharton dont elle a traduit et préfacé certains titres, Diane de Margerie a débusqué les vérités d’un auteur qui se réinventait dans la fiction, assurant le lien entre une vie et une oeuvre.
Diane de Margerie vient de publier le 4ème tome de son autobiographie, qui comprend les titres suivants : Le Ressouvenir (1985), La Femme de pierre (1989), Dans la spirale (1996), Maintenant (2001).
Avec Maintenant, Diane de Margerie achève son enquête autobiographique.
Ponctué de rêves et de lectures, ce récit tend vers une sérénité lucide où le tissu déchiré de la vie se répare enfin.
Né le 3 avril 1948 à Verneuil, dans une famille d'organistes, Pascal Quignard passe au Havre une enfance qui est dominée par deux passions : la lecture et la musique. En 1969, il entre comme lecteur aux Editions Gallimard dont il devient, à partir de 1976, membre du
Comité de lecture. Il continue cependant à jouer du violoncelle et contribue activement, en qualité notamment de Président du Festival de Musique Baroque de Versailles, à faire découvrir au grand public le répertoire baroque. Cette activité a trouvé son aboutissement avec le succès remporté par son roman Tous les matins du Monde (1991), adapté au cinéma par Alain Corneau.
L'oeuvre de Pascal Quignard comprend une vingtaine d'essais sur la littérture ancienne et peu connue de l'Antiquité grecque, latine et orientale, à travers lesquels il développe une méditation érudite et sensible sur le mystère de la communication artistique.
Fervent latiniste, il est ainsi l'auteur des Tablettes de buis d'Apronenia Avitia (1984), journal imaginaire d'une patricienne romaine, ou d'Albucius (1990).
Cependant Pascal Quignard a aussi abordé l'époque contemporaine dans des romans comme le Salon du Wurtemberg (1986), Les Escaliers de Chambord (1989) ou l'Occupation américaine (1994), qui a été adapté pour le cinéma par Alain Corneau sous le titre : Le Nouveau Monde.
Toutefois, au style délié de l'art romanesque, Pascal Quignard semble préférer l'écriture sobre et dense des Petits Traités auxquels il ajoute, en 1995, Rhétorique spéculative et, en 1996, La Haine de la Musique.
Alors que les opus précédents inspectaient les rets de la lecture et du langage, c'est la musique, cette foi, qui est appelée à comparaître. Mais l'auteur développe une conception coercitive de la musique : écouter (du latin obaudire), c'est obéir. C'est le chant du coq dénonçant la trahison de Saint-Pierre. "Cadence, mesure, matraque...". C'est une objurgation qui tient en deux mots : taisezvous.
Taisez-vous pour ouïr l'inaudible, pour savoir ce qui s'est tu ou crié avant la naissance, pour s'abolir dans une sorte d'aphasie contemplative.
Dans son dernier livre, Vie secrète (1998), Quignard s'enfonce un peu plus dans le silence : le langage, voilà l'ennemi. Il définit d'ailleurs son livre comme "le conte des lèvres mordues". A michemin entre les Petits Traités et Le Sexe et l'Effroi (méditation libre sur la sexualité dans la Rome antique), Vie secrète nous confie des choses étranges et brutales sur l'amour et la solitude. "Ce livre est sans doute le sommet de l'art de Pascal Quignard, une des plus singulières méditations, après Stendhal, sur l'amour" (Vincent Landel).
Pierre Combescot est né en 1940 à Limoges. Après des études universitaires à Paris et à Munich, il travaille dans l’édition. Entre 1975 et 1982, il est rédacteur aux Nouvelles littéraires. Aujourd’hui, il collabore à L’Express et au Canard enchaîné dont il est le critique
musical.
En 1973, il publie une très belle biographie de Louis II de Bavière puis, en 1975, Le Chevalier du crépuscule, roman inspiré par le personnage de Frédéric II de Sicile.
Après 10 ans de silence, Pierre Combescot reçoit le Prix Médicis pour Les Funérailles de la sardine (1986) et, en 1991, le Prix Goncourt pour Les Filles du Calvaire.Dans ce roman où l’auteur dépeint dans un style jubilatoire le Paris clandestin et grouillant des hors-la-loi et paumés, Pierre Combescot ressuscite le grand romain du XIXè siècle, non sans le moderniser radicalement grâce à un déploiement fastueux de virtuosité baroque. Il semble suivre inconsciemment l’avertissement de Victor Hugo : « Le rococo n’est supportable qu’à condition d’être extravagant ».
Epopée picaresque, dont la parabole secrète s’inspire du mythe de Parsifal, mais se lit d’abord comme une suite d’aventures merveilleuses, de trouvailles cocasses, d’images insolites, Les Filles du Calvaire est le livre de la maturité de l’écrivain. Avec La Sainte Famille (1996), le plus baroque, le plus alambiqué et le plus foisonnant de ses romans, Pierre Combescot conquiert sans contredit une place de tout premier rang dans le roman
français contemporain.
On ne peut résumer une oeuvre comme celle-ci, avec son foisonnement de personnages et d’intrigues qui se déroulent de la Belle Epoque aux lendemains du nazisme et qui mènent des cabinets diplomatiques parisiens aux élevages taurins d’Andalousie, des ruelles de Grenade ensanglantées par la guerre civile au vieux port de Marseille dynamité par les Allemands. Saga toute en ombres et en lumières, le romancier provoque un tourbillon où la peinture sociale naît de l’intrigue policière, où l’histoire côtoie le fantastique et le drame la comédie…
Combescot aime les digressions, les flash-back, les arbres généalogiques compliqués et les personnages atypiques. Il exagère sans cesse et il exagère avec brio. Ses récits sont un peu alambiqués, mais c’est voulu. L’exubérance baroque c’est le génie de ce romancier à l’imagination débordante.
Si Combescot avait peint La Sainte Famille aux couleurs de l’Espagne, il éclaire son dernier roman Le songe du pharaon (1998) d’une « lumière jaune orage de sable ». Il nous entraîne dans une Egypte éloignée des stéréotypes et nous plonge dans une histoire de « vielles chairs emballées depuis 4000 ans ».
Bel imbroglio où se côtoient un vieil allemand vicieux, jumeau zodiacal de Hitler, une marquise sicilienne, un archéologue français, un inspecteur de Scotland Yard, un nain turc et la secte d’adorateurs du Serpent. « Pierre Combescot nous fait dériver sur les eaux du Nil vers le cauchemar le plus noir et la bouffonnerie la plus hilarante. Ce récit tragique et clownesque, écrit dans une langue flamboyante, enferme un sortilège ».
Né en 1940 à Nice d'une famille bretonne qui avait émigré à l'Ile Maurice, Le Clézio gardera toujours dans son imaginaire la dimension de l'ailleurs au croisement de deux langues et de plusieurs cultures. L'écriture et le voyage seront pour lui les deux formes d'une même attitude dans l'existence : le choix d'être entre deux mondes.
Le Clézio s'est acquis de bonne heure un prestige unanime avec la parution, en 1963, du Procès-Verbal pour lequel il obtint le Prix Renaudot. Ce roman inaugure une série de livres qui tous se caractérisent par l'expression d'une certaine angoisse face à l'agression du monde moderne : La Fièvre (1965), Le Déluge (1966), L'Extase matérielle (1967), Terra Amata (1967), Le Livre des fuites (1969), La Guerre (1970).
Bien que Le Clézio ne se soit jamais soucié d'être d'avant-garde, sa démarche est contemporaine aux tentatives des années 1960 de désencombrer les voies du roman traditionnel. Son écriture procède souvent par accumulation, par inventaire minutieux et fasciné du réel. Il introduit souvent dans ses textes des slogans publicitaires ou des dessins naïfs. Sa phrase est rapide, obsédante. Poursuivi par son inquiétude, l'écrivain cherche, au milieu de ses mots, une issue.
D'où le sentiment pour le lecteur d'une écriture fébrile, inventive, multipliant les audaces formelles pour frayer un chemin à l'homme dans un monde qui l'aliène.
Le port de Nice, la Méditerranée ont alimenté des rêves qui n'étaient pas seulement des rêves d'enfance mais des rêves d'ailleurs qui le conduiront chez les indiens du Panama et du Guatemala. Dès lors, les récits de Le Clézio vont témoigner dans leur écriture apaisée de ce changement intérieur qui affecte l'auteur.
La rupture devient manifeste avec Voyage de l'autre côté (1975) où, comme pour Michaux, le voyage est avant tout une plongée mentale.
En 1976, il publie Les Prophéties du Chilam Balam, traduction d'un livre sacré du peuple maya ; en 1978, L'inconnu sur la terre, sorte de "traité des émotions appliquées" et Mondo et autres histoires, recueil de contes légèrement naïfs.
Qu'il s'agisse de fragments, de nouvelles ou de romans, le cheminement de Le Clézio paraît irréversible : après l'effroi panique de ses premiers livres, sa langue s'est apaisée pour acquérir une sorte de consistance minérale, immobile, aux singuliers pouvoirs d'envoûtement. De plus en plus prédominent l'attention au particulier, la description de la beauté du monde. Il s'agit dans les derniers récits de raconter la quête d'un être à la recherche de lui-même, de l'accession à l'infini, à l'universel. Le rêve mexicain (1988) résume le projet humain de Le Clézio : l'harmonie entre l'homme et le monde.
Cette harmonie, nous la retrouvons avec La Quarantaine (1995 ; Prix Littéraire France Television, Prix des Téléspectateurs 1996), hymne à la lumière, au bonheur et à la poésie (essentiellement celle de Rimbaud) - mais aussi avec La Fête chantée (1997), histoire de
sa communion avec les Mexicains. A l'écart des grands courants de l'industrialisation, Jean-Marie Le Clezio trouve en ces peuples une harmonie, une manière d'être, un respect de l'autre, qu'il n'a rencontrés nulle part ailleurs.
Avec Poisson d'or (1997), l'écrivain renoue avec "cette très douce et très poétique obsession de la nature du langage, traité comme l'essence même du récit et non seulement comme l'instrument de communication habituel. Poisson d'or est l'histoire d'un éveil de la sensibilité, une aventure moderne avec ses surprises et, en même temps, une quête de l'auteur" (Alain Bosquet).
En 1997, Le Clézio publie également, avec sa femme Jemia, un album de photos accompagné de textes lyriques à la gloire du Sahara : Gens des nuages.
Né en 1949 à Wilmington (Etats-Unis) d’un père artiste-peintre et d’une mère professeur de philosophie, Franz-Olivier Giesbert passe les premières années de sa vie aux Etats-Unis. Il arrive en France à 3 ans.
Très tôt, il se dédie au journalisme et publie son premier article à 18 ans. Dès 1971, il collabore à la page littéraire de Paris-Normandie où il publie des entretiens avec Louis Aragon, Henry de Montherlant, Jules Romains…
Il occupe successivement les postes suivants : journaliste politique (1971-1979), grand reporter (1979-1980), correspondant aux Etats-Unis (1980-1981), chef du service politique (1981-1985), Directeur de la rédaction du Nouvel Observateur (1985-1988), Directeur de
la rédaction du Figaro (depuis 1988), Membre du comité éditorial du Figaro (depuis 1993) Franz-Olivier Giesbert est aussi, depuis 1992, chroniqueur à Europe 1.
Prix Profession Politique du meilleur journaliste ou chroniqueur politique 1990, Franz-Olivier Giesbert est aussi biographe et romancier.
Il a publié quatre biographies : François Mitterand ou la tentation de l’histoire (Prix Aujourd’hui, 1977), Jacques Chirac (Prix Gutenberg de la meilleure biographie, 1988), Le Président (1990), François Mitterand, une vie (1996) ; deux essais : La fin d’une époque (1993) et Le Vieil homme et la Mort (1996) ; des romans : Monsieur Adrien (1982), l’Affreux (Grand Prix de roman de l’Académie française 1992).
En 1995, il publie La Souille (Prix Interallié), histoire d’un ouvrier agricole nommé Jésus, fable métaphysique insolite qui compose une oeuvre à rebondissements qui semble obéir à de grands voluptés cosmiques. Quelle est donc la mission de ce Jésus ? Est-il l’ange exterminateur ? Où est l’innocence ? Où est l’enfer ? « Entre hypernaturalisme et magie noire… C’est le bestiaire de Jules Renard auquel s’ajoute la connivence horrifiée d’un Huysmans.
Avec un constant friselis de drôlerie sans lequel il n’est rien de lisible ».
Réédité en 1997, La Souille est un roman riche, grave, drôle et cruel, une allégorie charnelle et sauvage où s’enlacent le Bien et le Mal. Une oeuvre humaniste.
Né en 1925 en Indre-et-Loire, Jean Raspail entreprend en 1949 sa première expédition au Québec et il ne cessera depuis lors de voyager à travers le monde, dirigeant des missions d’exploration ou des enquêtes ethnologiques, en Terre-de-Feu et en Patagonie, notamment, autant d’aventures dont toute son oeuvre de romancier est profondément imprégnée, comme le rappelle son livre publié en 1992, Pêcheur de Lunes, où Jean Raspail nous livre avec complicité ses « mémoires romanesques ».
Jean Raspail, en effet, est l’auteur de nombreux romans, recueils de nouvelles et récits de voyage où il oppose souvent, à un tableau caustique du monde moderne, l’appel des pays lointains et la recherche des derniers survivants des peuples disparus.
C’est le cas en particulier de Moi, Antoine de Tounens, Rois de Patagonie qui obtient en 1981 le Grand Prix du Roman de l’Académie française, ou de Qui se souvient des Hommes, Prix Chateaubriand 1986, dont le pouvoir réel de fascination et de rêve qu’ils exercent sur le lecteur tient surtout au style personnel, alerte et fervent à la fois, de Jean Raspail.
Dans ses livres, cet écrivain-ethnologue dresse un constat de la gangrène du monde moderne à laquelle il oppose les innocents et les intrépides qui ont décidé de faire de leurs rêves de la réalité.
C’est le cas de : Sept cavaliers quittèrent la ville au crépuscule par la porte de l’ouest qui n’était pas gardée (1993).
Avec son dernier roman L’anneau du pêcheur (décembre 1994), Jean Raspail propose à la fois « un roman historique, un polar mystique, une profession de foi, un tremplin pour la polémique et un tableau de l’Europe chrétienne au tournant des XIVème et XVème siècles » (F. Nourissier). Cheminant par les routes et sentiers de l’Aveyron, de nos jours, un étranger vagabond, mi-berger, mipèlerin, est en marche vers Avignon, avec l’intention ensuite de gagner Rome où il espère régler avec le Pape une querelle qui dure depuis le Moyen Age. Franchissant les siècles pour suivre la trame historique de la succession apostolique des Papes et de ses mystères, Raspail entraîne le lecteur dans un haletant roman d’espionnage religieux aux motifs secrets, authentiques et imaginaires.
Né en 1925 à Limoges, Jacques Lacarrière effectue, après ses études, de longs périples en Grèce, témoignant ainsi d’une passion dont toute son oeuvre se fera l’écho.
En effet, Jacques Lacarrière a publié plusieurs récits de ses voyages dont le plus fameux est L’Eté grec (1976) où il tente d’appréhender la continuité qui relie la Grèce antique à celle d’aujourd’hui. Cette même démarche se retrouve dans ses traductions qui savent à la fois rendre accessibles les classiques grecs (Sophocle, Hérodote…) et faire connaître les grands auteurs modernes tels que Séféris, Ritsos ou Vassilikos. « Mon esprit ne va, si mes jambes ne l’agitent », écrivait Montaigne. La promenade est la respiration de la pensée. Les essais de Jacques Lacarrière en font la démonstration ; le rythme de la marche s’y accorde intimement au mouvement de l’esprit. Leurs titres mêmes, En cheminant avec Hérodote ou Chemin faisant, ouvrage couronné en 1974 par l’Académie française, indiquent un goût des parcours buissonniers, où l’érudition impeccable s’allie au talent d’un conteur non dénué d’humour.
Voyageur impénitent, Lacarrière aime suivre les traces : celles du monde moderne et de ses inventions technologiques, comme nous l’apprend Ce bel aujourd’hui (1990), celles des grands hommes tel Alexandre le Grand, conquérant de l’absolu (1993), celles des théories scientifiques iconoclastes dont il retrace l’histoire avec Albert Jacquard dans Science et Croyance (1994). Mais Lacarrière aime avant tout suivre les Dieux pour pénétrer Au coeur des mythologies (1984 – 1994).
Cet ouvrage d’art reprend le texte de En suivant les Dieux, qui avait reçu le Grand Prix de l’Essai de la Société des Gens des Lettres en 1984, et l’enrichit d’un parcours iconographique fait notamment de sculptures sumériennes, de fresques égyptiennes, de peintures romaines, de miniatures indiennes, d’enluminures romanes…
De Sumer à la Scandinavie, de l’Inde à l’Irlande en passant par Pompeï et Babylone, Lacarrière propose un fabuleux voyage initiatique, une histoire de l’humanité telle qu’elle se voit à travers ses propres mythes.





