Sélection 2012
Hélène Gestern a quarante ans. Elle vit et travaille à Nancy.
« Une petite annonce dans un journal comme une bouteille à la mer. Hélène cherche la vérité sur sa mère, morte lorsqu’elle avait trois ans. Ses indices : deux noms et une photographie retrouvée dans des papiers de famille, qui montre une jeune femme heureuse et insouciante, entourée de deux hommes qu’Hélène ne connaît pas. Une réponse arrive : Stéphane, un scientifique vivant en Angleterre, a reconnu son père.
Commence alors une longue correspondance, parsemée d’indices, d’abord ténus, puis plus troublants. Patiemment, Hélène et Stéphane remontent le temps, dépouillant leurs archives familiales, scrutant des photographies, cherchant dans leur mémoire. Peu à peu, les histoires se recoupent, se répondent, formant un récit différent de ce qu’on leur avait dit. Et leurs découvertes, inattendues, questionnent à leur tour le regard qu’ils portaient sur leur famille, leur enfance, leur propre vie.
Avec Eux sur la photo, Hélène Gestern nous livre une magnifique réflexion sur le secret de famille et la mémoire particulière que fixe la photographie. Elle suggère que le dévoilement d’éléments inconnus, la résolution d’énigmes posées par le passé ne suffisent pas : ce qui compte c'est la manière dont nous les comprenons et dont nous acceptons qu’ils modifient, ou pas, ce que nous sommes.» (présentation de l’éditeur)
« Ce premier roman est une réussite, la plume est délicate, l’histoire émouvante et l’on se laisse porter avec émotion par le côté épistolaire brillamment maîtrisé. Bref, une très jolie découverte ! » (La Croix, 13 octobre 2011)
Comme il est ironique de penser, en attendant, que la suite de nos recherches dépend des souvenirs improbables d’un homme au cerveau en partie mort et d’une vieille femme à la mémoire dévastée. Curieuse allégorie de ce présent que nous ressuscitons de ses ruines de papier, une photo après l’autre.
Née en 1981, Caroline Lunoir est avocate pénaliste à Paris.
« Fresque miniature d'un 15 août dans une demeure familiale de la bourgeoisie traditionnelle, où transparaît – d'extérieurs en intérieurs, de plein jour en contre-jour – le portrait d'une génération qu'aucun feu ne soutient, qu'aucune révolte ne consume et qui pose sur le monde un regard lucide et désabusé. » (présentation de l’éditeur)
« Avocate de son métier, Caroline Lunoir s'est visiblement délectée à rédiger ce premier roman somnambule, sur l'effroi d'une immense tribu bourgeoise, qui voit la gardienne de la propriété familiale oser tremper son corps dans leur nouvelle piscine. D'une composante autobiographique certaine, le livre capte à merveille la torpeur moelleuse des vacances en famille et en dit long sur la difficulté d'exister dans un clan nombreux. Son écriture chaude, gentiment égratigneuse, suit la ligne des corps, sculptés par l'origine sociale et malmenés par les regards en coin. » (Marine Landrot, Télérama, 17 septembre 2011)
Les femmes dominent cette grande famille. En nombre comme en volume sonore. Le fils est souvent considéré comme imprévisible. Le mari, débonnaire, incarne bien volontiers l’autorité gestionnaire. Il est portefeuille, géniteur d’idées politiques et potiche qui approuve l’administration du foyer. L’épouse est femme, mère, hôtesse, gardienne des liens familiaux, oreille attentive, joie de la maison et potiche dans les affaires extérieures.
William Memlouk est né en 1977. Après s'être spécialisé en littérature et musique jazz à l'École doctorale d'Aix-en-Provence, il devient journaliste et collabore à plusieurs magazines culturels. Il est aujourd'hui rédacteur en chef d'une revue de psychologie et directeur de collections.
« Sur fond de ségrégation raciale dans l'Amérique des années 1950, Mingus Mood s'inspire de l'existence fougueuse et rebelle du célèbre jazzman Charlie Mingus. Un premier roman sensuel, lyrique et envoûtant, à l'image même de la musique de Mingus. […] Construit comme une brillante improvisation musicale, mêlant éléments biographiques et imaginaires, ce récit retrace la trajectoire fulgurante d'un des musiciens les plus importants du XXème siècle. À travers la reconstitution des moments clefs de sa vie, se dessine le portrait captivant d'un homme possédé par le jazz, ayant voué sa vie entière à la musique.» (présentation de l’éditeur)
« Pourquoi le contrebassiste Charlie M. (comprenez Mingus) a-t-il choisi de quitter New York en 1957 pour le Mexique ? Plus de vingt ans après les faits, une journaliste retrouve un ami du célèbre jazzman. Celui-ci va lui révéler bien des secrets sur ce voyage. Il sera évidemment question de musique, mais aussi de drogue, d'alcool et d'un amour impossible. […] A déguster en écoutant l'album Tijuana Moods. De Mingus, forcément. » (Baptiste Liger, L’Express, 3 octobre 2011)
C’est quand elle avait vu Charlie dans un club de New York – le City Blues – qu’elle avait été conquise. Oh, c’est vrai, on pouvait lui reprocher sa façon de jouer. Charlie cherchait le contact, le conflit… toujours. Là où certains musiciens – comme Miles Davis par exemple – avançaient poétiquement dans leur musique, lui se frayait des passages de manière moins consensuelle, à coups de crochet, de jam, de direct et d’uppercut. Mais cet homme, par son attitude, dégageait aussi de la grâce. Une grâce mystérieuse, virile… une grâce animale presque.
Professeur de français langue étrangère, puis responsable du centre d'apprentissage des langues de la Cité internationale universitaire de Paris, Fanny Saintenoy travaille aujourd'hui au Cabinet du Maire de Paris.
« Voici un texte qui alterne poésie douce et drôlerie franche. Par la voix d'une très vieille dame sur son lit de mort et par celle de son arrière-petite-fille, une jeune femme que la vie moderne bouscule, cinq générations parlent. Face aux duretés de la vie, face à la mort qui sème la zizanie, leurs histoires transmettent une gaieté indéfectible. Un premier roman, un récit court qui traverse le siècle, réussite rare de vigueur et de simplicité.» (présentation de l’éditeur)
« Ce qui pourrait être une histoire sinistre devient, grâce à la sobriété, à l'élégance et l'humour de Fanny Saintenoy, tendre et drôle. On traverse le XXème siècle, ses guerres, ses espoirs, ses tragédies, et l'on suit une famille, avec ses malheurs liés à l'Histoire, ses bonheurs et ses désastres intimes. » (Josyane Savigneau, Le Monde des Livres, 19 août 2011)
Ma vieille pomme, dans le couloir, quand je venais te voir à la Madeleine, j'avais toujours l'appréhension d'en prendre un coup, il faut se gonfler un peu les épaules avant de pénétrer dans une maison de retraite, se faire une petite carapace de protection. Rien que l'odeur, et puis pousser la porte du service, on entrait dans un autre monde, celui de la désespérance. J'avançais lentement, la décrépitude impose le silence. Je jetais des coups d’œil à droite et à gauche, toutes les deux portes. Les vieilles dans leurs fauteuils, le fauteuil ou le lit, regards vides et perdus devant la télé allumée seulement pour faire du bruit, une pure tristesse de chien dans les yeux quand elles se tournaient pour me voir passer. Des bras secs et pendants au-dessus des couvertures miteuses, éventail d'odeurs âcres et fades. Un autre genre de couloir de la mort. Comme un film au ralenti, je vois ta silhouette tout au bout, frêle, accoudée à la barre, l'épaule qui traîne un peu le long du mur. Ton visage se transformait tout doucement, le temps que tu plisses les yeux plusieurs fois pour nous reconnaître. J'aimais que tu oublies toujours les dates de nos visites, comme ça tu avais l'air surpris, à chaque fois, c'était ma récompense.
Sophie Schulze, ancienne élève de Philippe Lacoue-Labarthe et Jean-Luc Nancy à Strasbourg, auteur d’une étude sur Nathalie Sarraute parue dans la revue de l’université de Moscou, a vécu en Arabie saoudite, au Niger et en Russie. Elle vit aujourd’hui à Paris
« Au début du XXème siècle, en Allemagne, Franziska met Walter au monde. Ce roman raconte Walter, l’Allemagne, et le siècle. Walter, exilé en France, deviendra légionnaire, puis mineur. Il se mariera, aura des enfants, vieillira, mourra. Un destin anonyme, enfoui dans la multitude. Un homme semblable aux autres, qui ne pèse pas sur l’Histoire, et que l’Histoire malmène. De la naissance à la mort, le tracé vertigineux du temps. Que vaut une vie ? En mêlant l’histoire d’un homme à l’histoire de l’Humanité, dont les étapes tragiques se succèdent au rythme effréné de ce siècle, ponctuées par l’évocation des grandes figures de la philosophie allemande, de Nietzsche à Heidegger et Hannah Arendt, Allée 7, rangée 38 réussit, avec une force d’évocation impressionnante, à donner le sentiment bouleversant de la précarité des hommes.» (présentation de l’éditeur)
« Le phrases sont courtes, sèches, comme des pas enfoncés dans la neige : Il est déchiré. On le coupe en morceaux. Tous ceux qu’il aime sont loin, dispersés. Il ne pensait pas connaître, un jour, une telle douleur. Où l’on voit que Arendt ou la cuisinière, c’est kif-kif côté malaise dans la civilisation. Arendt n’est souvent pas fière de ses exploits conceptuels et Alice aux fourneaux, au milieu d’un flan, se met à agiter les bras dans tous les sens et crie avec colère contre Walter, sans raison. Dans une écriture proche du fragment, Sophie Schulze fait vivre une humanité qui ne sait pas tenir ensemble. » (E. L., Libération, 27 août 2011)
Husserl ne connaît pas Londres. Il ne sait pas, non plus, que Marx meurt. Il n’a jamais entendu parler de Nietzsche. Husserl ne connaît que l’Allemagne. Le seul voyage auquel il songe est celui qui le conduirait vers le protestantisme luthérien. Seulement du judaïsme à Luther, la route est longue. Si longue, qu’il hésite à s’y lancer. En attendant, il se concentre sur les mathématiques, dans lesquelles il espère trouver sa Logique. Il y est presque, d’ailleurs. Il le sait.





