Sélection 2012
« Alopécie androgénogénétique aiguë, accompagnée d'un léger effluvium télogène. Par ces mots, Bastien Bentejac apprend, à vingt-six ans, qu'il est frappé de calvitie. Incapable de relativiser la nouvelle, il se croit atteint d'une maladie mortelle. Plus il est confronté à l'incompréhension de son entourage, plus il sombre. Enfermé chez lui, il se réfugie dans la littérature et sur des forums virtuels, où d'autres jeunes alopéciques épanchent leur souffrance.
Le monde qu'il retrouve deux mois plus tard lui semble métamorphosé. En vérité, lui-même a changé. S'accrochant à son obsession, il est persuadé qu'il doit réaliser quelque chose d'inouï pour donner sens à son chaos : ça y est, il est le Messie du peuple chauve. Reste à trouver comment s'adresser à l'humanité pour appeler son peuple à la révolte. Un providentiel sommet des Nations Unies à l'enjeu planétaire lui en donnera peut-être l'occasion...
Portrait d'un insoumis qui va jusqu'au bout de son utopie, ce roman est aussi une réflexion sur la difficulté à discerner la part de folie : celui qui réussit est un génie, celui qui échoue est un fou. »(présentation de l’éditeur)
« Augustin Guilbert-Billetdoux a 26 ans, beaucoup d'esprit et un sens aigu du burlesque. Comme le héros de son premier roman, Le Messie du peuple chauve. Bastien Bentejac, 26 ans, souffre d'alopécie, diagnostique une dermatologue : il va rapidement être chauve. Traumatisé, il s'enferme chez lui et se connecte sur des forums où les chauves se confient leur malheur. Erreur. Il faut au contraire donner un sens à ce fléau. Bastien décide alors d'être une sorte de messie pour ce peuple-là. Et il se retrouve en Inde, où se tient un sommet sur le réchauffement climatique. La calvitie est peut-être, elle aussi, un enjeu planétaire... » (Josyane Savigneau, Le Monde des Livres, 20 janvier 2012).
Tant que mes cheveux se maintiennent grâce au traitement, je vivrai, avec la sensation que le temps m’est compté, mais avec un appétit de vie intact. Seulement, le jour où cette drogue ne fonctionnera plus… je vis dans la hantise de ce jour… je suis en sursis dans ce monde pour quelques années seulement, dans ces conditions, comment entreprendre au présent… je pourrais graver dans l’eau que personne ne me verra jamais pelé… je mourrai avec mes cheveux parce que je veux mourir vivant…
« Voici Gavotti. Giuseppe Gavotti, Parisien, quarante-cinq ans, marié à une femme délicieuse, et trouveur d'objets introuvables pour des collectionneurs extravagants. Sa dernière mission ? Aller chercher à Los Angeles le dentier de Robert Mitchum. Avant de quitter Paris, notre héros engage pour le seconder une brute épaisse du nom de... Gaston Bachelard. A partir de là, l'aventure (folle, lyrique, picaresque) commence. Et les ennuis, et les scènes hilarantes, à Hollywood, dans un cimetière by night, dans une prison, dans de somptueuses propriétés américaines... Jusqu'au retour en France, et à la stupéfiante révélation. » (présentation de l’éditeur).
« Pour son entrée en littérature, Régis Delicata, pas encore 28 ans, signe avec Rhapsodie pour une dent creuse une aventure au style léché, croisement jubilatoire entre la gouaille d'un Frédéric Dard et l'humour polardeux d'un Donald Westlake. Avec son titre vintage, qui fleure bon la Série noire, le livre nous entraîne dans un Hollywood d'opérette, peuplé de fantômes et de clowns blancs. » (Julien Bisson, Lire, 12 avril 2012)
«Des coups de fil, Joséphine ?»
Un index crispé s'éleva de la machine à écrire et, dans un silence soudain, saisit une tasse de thé. L'autre index remit distraitement en place une jupe bien trop courte pour ce genre de fauteuil.
«Oui, monsieur. Trois Roumains, un Magenta, deux RFA 89.»
Je jetai un oeil à ses cheveux défaits, son corsage froissé, ses gestes un peu brusques.
Très vraisemblablement, cette fille buvait.
«Je ne sais pas ce qu'ils ont tous en ce moment, avec les Roumains, dis-je en ôtant mon imperméable. Le glamour de kolkhoze, je suppose : lèche-moi, camarade, ce genre de choses. Vous avancez sur votre rapport de stage ?»
La pauvre enfant faisait son possible pour garder les yeux ouverts. L'admiration sans bornes qu'elle me portait survivait difficilement à l'apathie du dimanche matin. Et Joséphine ne travaillait, hélas, pour moi, que le dimanche matin. «Modérément, monsieur.
- Faites-moi voir ça.»
Je saisis une boule de buvard dans la corbeille à papier.
«Écoutez, Joséphine... Je sais qu'il faut se montrer original et décalé pour se faire remarquer mais Mon cher Patrick, tout de même... Vous y allez fort.»
Philippe Lançon a 48 ans. Il est journaliste à Libération, chroniqueur et critique littéraire. En 2004, il a publié, sous le pseudonyme de Gabriel Lindero, un roman intitulé Je ne sais pas écrire et je suis un innocent.
« C’est l’histoire d’une femme élégante et éduquée de Hong Kong qui devient folle lors d’un voyage à Cuba. C’est l’histoire des raisons pour lesquelles elle y est allée. C’est l’histoire de l’effet de cette folie sur celui qui la raconte, l’imagine : ses souvenirs, ses amours, ses amis, ses rêveries. C’est l’histoire d’un homme dont le cœur est vissé à ces deux îles où rien n’aurait jamais dû le conduire, sinon l’obscur et capricieux désir de vivre l’instant, de n’en plus sortir, de l’écrire et d’aimer. C’est l’histoire de gens qui vivent à Hong Kong, à Paris, à Cuba, en Inde. Ils sont seuls et voyagent parce qu’ils sont seuls. Ce sont des îles. » (présentation de l’éditeur)
« Si l'ensemble peut paraître un rien décousu et répétitif, Les îles valent justement pour l'âpreté de ces pages faussement inutiles (et plus théoriques qu'elles n'en ont l'air), où Lançon se révèle un remarquable styliste, capable de provoquer l'émotion là où on ne l'attend pas. Aux antipodes d'une littérature touristique, il brosse quelques magnifiques portraits, dignes du meilleur Emmanuel Carrère - lequel ne renierait pas cette phrase : Un écrivain, ce n'est qu'un homme qui rêve qu'il écrit d'un bout à l'autre de sa vie. Au sujet de celle des autres... » (Baptiste Liger, Lire, août 2011)
La folie ne m’intéresse pas et ne me fascine pas. Je n’ai ni assez de talent ni assez de liberté pour elle. Je manque de violence et d’angoisse pour l’imaginer. La solitude et les souffrances qu’elle engendre, quelles que soient les formes prises, me paraissent dépourvues de charme, de romantisme, de leçons, et même de mystère : chez la plupart de ceux qui le vivent, qui en parlent, qui la décrivent, et d’abord en moi. C’est une affaire misérable et sérieuse. Mieux vaut la laisser à des professionnels, qui ne guérissent de rien, et, peut-être, à quelques génies souffrants, des types jaillis sabre en main d’une lampe à huile éclairant de vieilles oubliettes. Les autres, qu’ils profitent du château et qu’ils la ferment.
« Dans ce roman trépidant divisé en trente « jours », un jeune homme pressé décide de prendre le large. De Berlin, où le narrateur fréquente les endroits les moins connus et les plus allumés de l’ex Berlin-Est à la Russie en passant par une partie de pêche au large de l’Espagne, New York ou encore Cambridge, dans une incessante collision de lieux et de personnages, le livre swingue sur un rythme très particulier, entre pulsation et vibration ondulatoire, avant de se clore sur un éloge du sommeil, bienvenu après ces trente journées électriques. » (présentation de l’éditeur).
J'étais à New York il y a cinq ans et j'ai commencé à fréquenter cette fille, Susan, plutôt dévergondée et vraiment drôle. On s'amusait du côté de TriBeCa, chez des amis à elle. Des musiciens, des fous. On débutait la longue nuit par des alcools rares et du champagne rosé, les têtes tournaient, tournaient, les gars jouaient de la batterie, tapaient des mains, ne voulaient surtout pas qu'on trouve le temps long. C'était une boucle. Celui qui s'arrêtait de danser ou de chanter laissait la place à celui ou celle qui en avait encore sous la pédale. On accélérait à plusieurs un rythme cool & cold, certains prenaient des drogues, moi j'en ai jamais eu besoin. Mon corps s'amuse seul à en secréter gratuitement.
« 30 jours, 30 textes brefs, des articles (certains ont paru dans des revues...) de quelques feuillets chacun. La plupart présentent un auteur, d'une manière critique et personnelle – et l'on voit par là quel effet la lecture peut avoir, dans le meilleur des cas : une véritable crise se produit, vous n'êtes plus en mesure de demeurer tout à fait ce que vous étiez avant d'ouvrir le livre. La vie électrique dont il est question ici procède de cette expérience : vivre en lecteur. Ce livre en est l'expression audacieuse et percutante ; il commence, du reste, par un autoportrait qui donne une indication sur ce qui va suivre : voici mon monde, semble dire Jean-Philippe Rossignol, voici la vie que j'ai voulu vivre. Il ressort de ce préambule – réjouissant, fulgurant, inquiétant – une pensée subtile, qui cherche et trouve son tempo propre. C'est une pensée en train de se faire, dans le vif de la vie, dans les événements qui se succèdent, se juxtaposent et trament l'existence. » (Thérèse Moro, Artpress n°382, octobre 2011)





