Palmarès 2011-2001
Thomas Heams-Ogus a 34 ans. Il est enseignant-chercheur en biologie.
« Cela se passe entre 1941 et 1943, dans les Abruzzes. Non loin du Gran Sasso, cette écrasante montagne qui impose sa force tellurique comme une ombre portée sur le temps. Par une de ces décisions absurdes et nocives dont le fascisme est friand, les Chinois de la péninsule ont tous été internés ici et constituent une étrange communauté, dont le mutisme est peut-être la meilleure protection. Ils sont à un moment cent seize, parfois moins, parfois plus.
La vie s’écoule, sans but et sans substance. Un jour, les autorités organisent une grande cérémonie, drolatique et insensée, de conversion au catholicisme. Puis le labeur reprend, aux champs ou ailleurs, dans un mélange d’ennui, de désarroi et de fausse résignation, jusqu’au jour où tout bouge et où le groupe se disperse.
Est-ce parce qu’ils étaient une masse silencieuse et disciplinée, est-ce parce qu’ils venaient d’ailleurs, de cet Orient lointain, que l’Histoire les a gommés ?
L’auteur, en restituant une page oubliée de l’Italie mussolinienne, offre une métaphore de l’exil, de l’immigration et des menaces de l’intolérance. » (Présentation de l’éditeur)
« De cette page d'Histoire ignorée, Thomas Heams-Ogus tire une belle parabole sur l'exil et l'intolérance. Ces hommes, partis de chez eux pour se reconstruire une vie en Europe, ne cherchaient qu'à s'installer. Longtemps, leur présence discrète, leur accent et leurs métiers avaient constitué, pour les Italiens, l'évocation exotique d'un Orient inaccessible. Sur un geste de Mussolini et de ses sbires, ces hommes aux visages différents devinrent des ennemis potentiels. L'auteur, à mots feutrés, décrypte cet engrenage, cette façon de gommer certains individus du monde. Nulle violence physique, nulle torture évoquée dans ce premier roman, mais la description minutieuse et effrayante d'une absurdité. Et, au-delà, le désir de comprendre les origines de l'intolérance et de plonger, à l'aide d'une phrase poétique, sobre et déroutante, dans la folie d'un pouvoir aussi péremptoire que tapageur. » (Christine Ferniot, Télérama, 4 septembre 2010)
Né en 1965 de parents italiens, Fabio Viscogliosi vit en France. Il est musicien et dessinateur.
« Je suis pour tout ce qui aide à traverser la nuit est un récit à multiples facettes, un kaléidoscope qui, par petites touches, dresse le portrait d’un homme de quarante ans vivant en France, fils d’immigrés italiens, enfant du rock tout autant que de Magritte ou de Laurel et Hardy. Dans le grand catalogue sensible qu’est son récit – une suite de textes aux titres intrigants –, Fabio Viscogliosi convoque avec tendresse ceux avec qui il dialogue depuis toujours et lui permettent d’interroger le monde : saviez-vous que Picasso admirait la fragilité des chauves-souris ? Que Buster Keaton portait des chaussures bien plus grandes que ses pieds ? Que Georges Simenon rêvait d’une belle urne rouge vif pour accueillir ses cendres ? Franck Sinatra, Bob Dylan, Alfred Hitchcock ou Eddie Cochran…autant d’hommes illustres qui s’invitent également dans l’univers de l’auteur, ne faisant que passer mais déposant l’épaisseur de leurs mystères ou la singularité de leurs pratiques et de leurs questionnements. […] Questionnement sur l’absurde, la force du lien, la nature du bonheur, le récit de Fabio Viscogliosi est fait des petites choses du quotidien, d’infimes détails révélateurs, montrant toujours l’envers du décor. Et c’est ainsi que le lecteur prend une place centrale dans ce texte, parce que Je suis pour tout ce qui aide à traverser la nuit parle de lui, avec des mots justes et un style délicat emprunt de pudeur, de sa propre traversée, de ses jours et de sa nuit. » (Présentation de l’éditeur)
« Le bonheur ne produit pas d'histoires. » Voilà ce qu'aurait dit un jour le cinéaste Michelangelo Antonioni. Je me souviens d'avoir découvert cette phrase définitive au milieu d'un cahier spécial du journal Le Monde publié à l'occasion de sa mort. Je l'ai relue plusieurs fois, sautillant d'un pied sur l'autre. D'emblée, l'idée m'a déplu. Planté au milieu de mon salon – c'était au tout début de l'après-midi, par les fenêtres je voyais la lumière qui venait frapper les immeubles voisins et, plus loin, la ville réduite en miniature, avec la petite tour scintillante de l'aéroport et au-delà encore toute la chaîne des Alpes dominée par cette vieille crapule de mont Blanc –, il m'a bien fallu reconnaître que, d'un certain point de vue, Michelangelo n'avait pas tort. Mentalement, j'ai repassé les images de ses films, ceux dont je pouvais me souvenir : Monica Vitti errant sur sa petite île de cailloux tandis qu'une villa américaine explose au ralenti, un cadavre allongé sous les buissons d'un parc de Londres et un autre type qui se noie au volant d'une voiture volée, celle d'Alain Delon essayant en vain d'arracher un baiser à Monica Vitti, qui se sauve à nouveau dans les rue de Rome, et ainsi de suite. J'ai senti peser sur moi le regard triomphant de Michelangelo. Depuis longtemps, les tableaux s'enchaînent en un cadavre exquis que l'on pourrait étendre à toute la création. Le bonheur ne produit pas d'histoires, peut être, me suis-je dit. Et alors, les histoires ?
« Autoportrait en creux, superbement composé, ce très beau premier roman raconte ainsi, à sa manière très personnelle, une histoire entre chien et loup, où bonheur et douleur se poursuivent et se cognent, inextricablement mêlés. La vie, tout simplement. » (Michel Abescat, Télérama, 17 avril 2010)
En janvier 2011, Fabio Viscogliosi a publié Ma vie de garçon (Attila) qui « explore un univers chargé d'interrogations sur le monde, la nuit, l'inconnu, les femmes... Bougies, aimants, ânes, cordes, tuyaux, yeux... les formes se répètent, ce qui explique parfois cette étrange impression de déjà-vu : le monde de Fabio Viscogliosi, d’une consistance surréaliste, épaisse et irradiante, s’écoule lentement. C’est drôle comme Groucho Marx. Étrange comme Max Ernst. Explorateur, comme Giuseppe Ungaretti. » (Présentation de l’éditeur)
David Thomas a quarante-trois ans et vit à Paris. Après avoir été journaliste pendant une quinzaine d’années, il est aujourd’hui auteur dramatique et scénariste. Il est l’auteur de Tais-toi et parle-moi, joué à la Manufacture des Abbesses. Il a travaillé avec Agathe Teyssier aux dialogues de son premier long-métrage, La Femme invisible interprété par Julie Depardieu et Charlotte Rampling, sorti en février 2009.
La patience des buffles sous la pluiea été préfacée par Jean-Paul Dubois, enthousiasmé par le sens de l’observation et l’humour mélancolique de David Thomas dans lequel il s’est reconnu.
« Une succession de voix d’hommes et de femmes de tous âges. Précis de la vie quotidienne ou dramatique, ces 73 textes sont des petits croquis de gens plus ou moins ordinaires aux prises avec leurs doutes, leurs convictions, leurs failles, leurs forces et leurs petitesses. Dans chacun de ces polaroïds, les personnages s’expriment avec leur propre langage. Certains avec familiarité, d’autres avec retenue, ou encore naïveté, mauvaise foi ou élégance. C’est parfois drôle, parfois un peu moins. Il y est souvent question d’amour, de désamour, d’ennui ou de bonheur de la vie conjugale, mais aussi de ces moments insignifiants de l’existence qui nous révèlent autant que les grands rendez-vous. Les joies côtoient les peines, les vérités redressent les apparences, on se ment ou se livre sans pudeur comme on le ferait à un inconnu dont on se moque du jugement. On dit le faux pour adoucir le vrai, on hurle le vrai,
on se fâche, bref, on tente simplement de rester vivant. Et ce, autant dans le rire que dans l’amertume. » (Présentation de l’éditeur)
« Douleur
Vous n'avez jamais pu la nommer et pourtant, vous vous êtes fait à se présence. C'est à elle que vous devez vos insomnies et vous avez fini par accepter cette difficulté à dormir paisiblement, comme on s'arrange avec les défauts de la femme que l'on aime. Si votre moral vous échappe, vous ne cherchez plus à savoir pourquoi, vous savez que votre abattement se dissipera. Sans avoir à lutter, vous sentez que tôt ou tard, votre énergie et votre courage parviendront à avoir le dessus.
Vous êtes solide. On dit de vous que vous êtes fort, que vous avez une capacité à encaisser exceptionnelle. Vous accrochez votre sourire. Vous ne vous plaignez jamais. Vous gardez vos faiblesses pour vous. Oui, oui, vous allez bien. Toujours bien. Vous savez que seuls les plus combatifs se réalisent pleinement, que le bonheur se construit, lentement, et vous êtes convaincu de l'édifier. D'être sur la bonne voie.
Vous êtes sûr de vous, vous ne doutez pas de vos plans. C'est une question de temps. Vous connaissez mieux que quiconque le sens de la patience. Vous ne craignez pas votre douleur parce que vous n'avez pas conscience de sa puissance. »
Née en 1968, Cécile Reyboz est juriste de formation et travaille actuellement dans le cadre d’une entreprise. Entre 2004 et 2008, elle publie de nombreuses pièces dont Sushis variés, joué dans des salles parisiennes et au Festival d’Avignon. Son premier roman Chanson pour bestioles a reçu le Prix Lilas 2008.
«Le texte se révèle émouvant à l’extrême. Pour son premier roman, Cécile Reyboz pulvérise le miroir. Que pensait-on trouver, passé l’autre côté ?» (Xavier Houssin, Marianne, samedi 26 avril 2008)
« Écoutez, mes sœurs ! Écoutez cette rumeur qui emplit la nuit ! Écoutez... le bruit des mères ! Des choses sacrées se murmurent dans l'ombre des cuisines. Au fond des vieilles casseroles, dans des odeurs d'épices, magie et recette se côtoient. Les douleurs muettes de nos mères leur ont bâillonné le cœur. Leurs plaintes sont passées dans les soupes : larmes de lait, de sang, larmes épicées, saveurs salées, sucrées. Onctueuses larmes au palais des hommes ! »
Frasquita Carasco a dans son village du sud de l'Espagne une réputation de magicienne, ou de sorcière. Ses dons se transmettent aux vêtements qu'elle coud, aux objets qu'elle brode : les fleurs de tissu créées pour une robe de mariée sont tellement vivantes qu'elles faneront sous le regard jaloux des villageoises ; un éventail reproduit avec une telle perfection les ailes d'un papillon qu'il s'envolera par la fenêtre ; le cœur de soie qu'elle cache sous le vêtement de la Madone menée en procession semble palpiter miraculeusement... Frasquita a été jouée et perdue par son mari lors d'un combat de coqs. Réprouvée par le village pour cet adultère, la voilà condamnée à l'errance à travers l'Andalousie que les révoltes paysannes mettent à feu et à sang, suivie de ses marmots eux aussi pourvus – ou accablés – de dons surnaturels...
Le roman fait alterner les passages lyriques et les anecdotes cocasses ou cruelles. Le merveilleux ici n'est jamais forcé : il s'inscrit naturellement dans le cycle tragique de la vie. Quatrième de couverture Trois pages et on a compris : l'affaire est sérieuse.
C'est du premier roman comme on en lit peu, avec une écriture puissante et un lyrisme frappant. L'auteur, sans doute proche du « réalisme magique », puise dans le registre du merveilleux et de la superstition pour ajouter de la force à chaque personnage, fût-il secondaire. Si bien qu'on pourrait découper des histoires dans l'histoire, notamment autour de la figure de l'ogre - spectaculaire. Pleinement absorbé par le destin de Frasquita et des siens, le lecteur songe à Camus : il faut bien du désespoir de vivre pour aimer la vie. Ce « Cœur cousu », qui ne faiblit pas au cours des 400 pages, est simplement grandiose. Anne Crignon, Le Nouvel Observateur - 2215 - 19/04/2007
« Né en 1960 dans un village Bambara du Mali et orphelin à l'âge de
deux ans, j'ai passé ma première enfance à la campagne avant de
venir à Bamako à l'âge de 13 ans où j'ai continué mes études. Je suis Professeur de Lettres diplômé de l'Ecole Normale Supérieure de Bamako. J'ai enseigné pendant un an au lycée avant de venir au Centre culturel français de Bamako comme documentaliste. J'écris depuis le lycée mais c'est en 1992 que j'ai envoyé pour la première fois une nouvelle à RFI qui m'a valu une bourse de résidence d'écrivain en 1997 en France. Je suis conteur et à ce titre, je voyage souvent en France. Je collabore à l'hebdomadaire indépendant "le Soudanais" depuis 1997. »
Ousmane Diarra a déjà publié trois recueils de nouvelles - Tous les moutons du monde (1992), Les ombres de la nuit (2001), dans lequel il met en scène un homme confronté à la tyrannie incompréhensible de la guerre, de la politique et de la religion dans le Mali moderne, et La côte d’Adam en 2002 -, un recueil de poésie - Balbutiements et chants aux vents (2001) – et des contes pour enfants - La longue marche des animaux assoiffés (1996) et Néné et la chenille (1999).
En 2003, Ousmane Diarra est invité à Quétigny (France) dans le cadre d’une résidence croisé avec Eric Chevillard. C’est à cette occasion qu’il écrira son premier roman, Vieux lézard, qui vient juste d’être édité.
Fille de la grande poétesse Vénus Khoury-Ghata, Yasmine Ghata est née en 1975. Elle a suivi les cours de l’Ecole du Louvre et est experte en histoire de l’art islamique et orientaliste. La nuit des calligraphes est son premier roman. « Il est né d’une rencontre, en 2000, lors d’une exposition de calligraphie organisée par le milliardaire Sakip Sabanci. La future romancière découvre alors, au hasard d’une vitrine, une calligraphie de sa grand-mère paternelle, une femme turque qu’elle savait artiste, mais pas calligraphe. Intriguée par ce clin d’oeil hors du temps, elle ne pourra affronter le mystère de ses origines qu’en prenant à son tour la plume pour se faire écrivain. » (Philippe Perrier, Lire, septembre 2004)
La nuit des calligraphes raconte la vie de Rikkat Kunt. Mais, pour plus de liberté, la romancière choisit de commencer par narrer la mort de sa grand-mère: « Ni cri ni larmes. Ma mort fut aussi douce que la pointe du roseau trempant ses fibres dans l’encrier, plus rapide que l’encre bue par le papier. » « Douce, paisible, comme les premières lignes de ce monologue sensible et émouvant qui semble épouser, plus que la voix de Rikkat, le souffle qui dirigea sa main et gouverna son destin. Jusqu’au crépuscule d’une existence marquée par le désamour, l’abandon, l’exil, la perte et finalement la maladie qui la priva, dans ses derniers jours, du seul don qui enlumina toute sa vie: la calligraphie. » (Christine Rousseau, Le Monde des Livres du 20 août 2004)
Cette vie s’articule sur un moment charnière, l’année 1928, date à laquelle Atatürk décrète pour son pays l’abandon de l’alphabet arabe au profit d’une version modifiée de l’alphabet latin. A partir de là, l’art ancestral de la calligraphie disparaît et les vieux calligraphes ont l’interdiction d’exercer leur art. C’est donc en secret et dans des asiles où sont retranchés ces artistes « habités par la parole de Dieu » que Rikkat apprend son art. Elle a pour maître Selim, « le marabout de Dieu », qui, avant de mourir, lui lègue son matériel et son savoir. La calligraphie est un absolu, une approche de la divinité: «Les calligraphes seuls savent établir un dialogue entre Dieu et les hommes. » Grâce à l’écritoire et à l’encre d’or de Selim, Rikkat trouve sa raison d’être.
A travers cette très belle figure de femme possédée par son art – être libre, sensible et en perpétuelle progression -, Yasmine Ghata nous initie, en des termes souvent techniques mais toujours poétiques, à l’art de la calligraphie. Celle-ci est présentée comme une sphère qui a résisté aux bouleversements de l’Histoire, préservée, suspendue dans le temps, dernier lien avec la spiritualité et les croyances ancestrales.
Au passage, la romancière en profite pour dépeindre les us et coutumes ainsi que l’identité d’une nation que nous connaissons bien mal: « dans les pleins et déliés d’une écriture toute de finesse, de délicatesse et de poésie, Yasmine Ghata livre en creux le portrait d’un pays - la Turquie - en proie aux assauts de l’occidentalisation.» (C. Rousseau, id)
Né en 1979 à Paris, Florian Zeller enseigne la littérature à Sciences-Po.
Neiges artificielles, paru en janvier 2002, est son premier roman pour lequel il a reçu le Prix de la Fondation Hachette. En janvier 2003, il publie Les amants du n’importe quoi.
Par ailleurs, il a signé les textes d’un recueil de photos africaines de Jérémie Bouillon pour Les Carnets de création (Ed. de l’Oeil). Neiges artificielles est un premier roman désarmant (« C’est toujours avec son coeur d’enfant que l’on aime, et avec le reste que l’on trompe, que l’on se trompe. »), plein de sourires tristes et de désespoir tranquille qui commence par un chagrin d’amour. Lou ( « Elle portait ce soir là, un t-shirt marin ; des rayures bleues et blanches lui parcouraient le corps, les seins, les épaules, comme les rails colorés d’un train que j’aurai voulu prendre et reprendre, et surtout ne jamais manquer. ») n’aime plus le narrateur ; plutôt que de se suicider (par manque de courage), il songe à la tuer. Mais voilà, il songe. Il rêve beaucoup, vise haut (« Il faut toujours viser le soleil, au pire on se retrouve dans les étoiles »), s’interroge sur « le sentiment de décadence » qui « a toujours accompagné les modifications du monde », réfléchit sur la fragilité des choses et prend conscience de sa propre fragilité. Pour conclure : « on veut ce qu’on ne possède pas encore. C’est pour ça que l’amour est une escroquerie. » Florian Zeller propose le roman désenchanté d’une génération revenue de tout, mais arrivée à rien, avec beaucoup d’humour et un sens certain de la dérision. Dans un style étonnamment maîtrisé, à la fois fluide et entrecoupé de césures ironiques (« En un sens, je l’aimais. En un autre sens, je l’aimais comme un fou. Mais platoniquement. Je trouvais que l’idée de la passion platonique était magnifique. Bon, c’est vrai qu’elle m’y encourageait, vu qu’elle m’ignorait complètement. »), le jeune romancier livre un récit intense, naïf et jubilatoire.
Avec Les amants du n’importe quoi, Florian Zeller raconte les affres d’un avocat prisonnier de ses pulsions. Ce libertin, triste et piteux, confronté à son désir, à « cette folie qui le pousse de filles en filles » pour chercher «toujours ce visage emprunté aux tendres rêves de l’adolescence, un visage à aimer », se rend compte qu’il torture et détruit sa compagne.
Il s’interroge sur l’ «espèce de vocation pour le crime qui l’habite », sa façon de draguer en touriste, son incapacité à se défaire de cette «partition cynique et cruelle »… « Brandissant le thème de l’acte gratuit d’André Gide, Florian Zeller, nouveau héraut de l’immaturité, impose son style ». (J-L DOUIN, Le Monde des Livres du 14-02-2003) Depuis 2003, Florian Zeller a publié La fascination du pire, Prix Interallié 2004 et deux pièces de théâtre L’Autre et Le Manége. Cette dernière comédie à l’esprit très anglo-saxon, proche de Pinter, sera mise en scène par Nicolas Briançon et sera à l’affiche à Paris à partir du 22 janvier 2005.
Salim Bachi est né en 1971 en Algérie. Il vit en France depuis 1997 où il prépare une thèse sur la souffrance et la mort chez Malraux. Le chien d’Ulysse est son premier roman.
Avec une parole désespérée qu ravage la syntaxe et l’ordre narratif, avec un souffle épique éblouissant et cruel, Salim Bachi nous offre une parabole lyrique et puissante sur l’Algérie d’hier et d’aujourd’hui, patrie souffrante et humiliée : «Maintenant, nous avons rétabli le geste. Par une ironie de l’Histoire, nous avons à nouveau initié le cycle de la violence. Deux mille ans de guerres incessantes. De notre passé profond surgit l’appel du sang et des larmes, le cortège des veuves et des orphelins».
Dans une langue d’une beauté tranchante et âpre, Le chien d’Ulysse conte l’errance hallucinée d’un jeune homme de 20 ans dans les rues de Cyrtha, ville rêvée, fantasmée pour les dire toutes sans en dénoncer aucune. C’est l’histoire d’un voyage impossible : fuir Cyrtha. «Cyrtha, elle, cherchait à maintenir la confusion, agissant comme le soleil sur un homme perdu au milieu du désert. Je désirais de toutes mes forces échapper à la ville dont, par moments, je devenais l’amant obscur, au consentement différé».
Le chien d’Ulysse est une odyssée sans issue qui enlace le mythe et l’actualité politique, mêle la violence du fanatisme religieux et la barbarie policière à la culpabilité de l’écrivain qui n’est plus capable de trouver la moindre clarté dans la nuit de plus en plus profonde d’une ville, d’un pays : «Coupable. Je regardais les fragments de mon oeuvre, Cyrtha en ruine. Ils l’avaient anéantie. Ils s’étaient introduits à la faveur de la nuit. Les murs bâtis pierre à pierre, mot à mot, tout cela volait maintenant en éclats. Les rues s’abîmaient dans
l’eau ; et Cyrtha, renversée, voyait ses remparts crouler en écume incarnate. Des incendies, çà et là, entre les maisons de pierre, mangeaient la nuit, trouaient le ciel. Les pages se tordaient (...)
J’avais perdu le fil. Le fil de mes histoires. Je ne pouvais rebrousser chemin. La nuit m’enveloppait. Ne demeurait que l’oeil du bourreau, unique fanal dans l’obscurité».
De cette nuit suffocante, irréelle, surgit un fou merveilleux et terrible qui s’écrie «Je cherche Ithaque» avant d’être abattu d’une rafale de mitraillette par les policiers qui avaient compris «A l’attaque». On peut mourir, en Algérie, d’avoir lu Homère.
Peu après sa récompense monégasque, Salim Bachi recevait pour Le chien d’Ulysse la Bourse Goncourt du premier roman. En 2003, il publie La Kahéna (Gallimard).





